CSU en Afrique/ Rôle du médecin-conseil : Interview du Dr Jean-Claude Bakpatina
- Posted on 26/10/2026 18:07
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- By abelozih@sante-education.tg
Extrait de l'article: Garantir à chaque personne l’accès à des soins de qualité sans qu’elle soit exposée à des difficultés financières reste un défi majeur pour les systèmes de santé africains. La couverture sanitaire universelle (CSU) nécessite non seulement des mécanis
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Le médecin-conseil protège les ressources collectives sans compromettre la
qualité des soins… Il joue un rôle stratégique dans la couverture sanitaire
universelle. Il contribue à maîtriser les dépenses tout en garantissant la
continuité des soins.
Garantir
à chaque personne l’accès à des soins de qualité sans qu’elle soit exposée à
des difficultés financières reste un défi majeur pour les systèmes de santé
africains. La couverture sanitaire universelle (CSU) nécessite non seulement
des mécanismes de financement adaptés, mais aussi une meilleure organisation
des soins, une utilisation judicieuse des ressources et une protection efficace
des patients. Dans ce dispositif, le médecin-conseil occupe une place
stratégique à la croisée des décisions médicales, du financement et de la
gestion des risques. Quel rôle peut-il jouer dans l’amélioration de l’accès aux
soins, la maîtrise des dépenses et la protection des patients ? Dans cet
entretien, Dr Jean-Claude Bakpatina, Médecin, Expert de la protection sociale
en santé, Contrôleur médical senior, Directeur Médical d’un groupe
international d’assurance, analyse les principaux défis et les réformes
nécessaires pour faire progresser la couverture sanitaire universelle en
Afrique.
Santé-Education :
Quel rôle le médecin-conseil peut-il jouer dans la mise en œuvre et
l’amélioration de la couverture sanitaire universelle en Afrique ?
Dr
Jean-Claude Bakpatina : Je dirais que le
médecin-conseil occupe une position stratégique à l’interface de la médecine,
du financement et de la gouvernance. Il aide à transformer les besoins de santé
de la population en décisions concrètes : définir les prestations à couvrir, apprécier
la pertinence des soins, organiser les parcours, sécuriser la qualité et
éclairer l’allocation des ressources. Son action touche donc directement les
trois dimensions de la couverture sanitaire universelle : la population
couverte, les services effectivement accessibles et la protection financière
des ménages.
Son
rôle ne se limite plus à vérifier des factures ou à autoriser des actes. À
l’échelle du patient, il facilite un parcours adapté au besoin réel. Auprès des
prestataires, il favorise les référentiels, la coordination et l’amélioration
des pratiques. Au niveau du système, il contribue à l’achat stratégique des
soins, à l’analyse des données, à la prévention des abus et à l’évaluation des
résultats. Il devient ainsi un régulateur clinique : il protège les ressources
collectives sans compromettre l’accès, la qualité ou l’équité. C’est cette
évolution qui peut donner à la CSU une traduction opérationnelle dans les
contextes africains.
Quels
sont aujourd’hui les principaux défis auxquels les médecins-conseils sont
confrontés dans l’accès des populations à des soins de qualité et
financièrement accessibles ?
Le
premier défi est structurel. Dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, les
mécanismes de couverture restent fragmentés, une part importante de l’activité
économique est informelle et les paiements directs des ménages demeurent
élevés. À cela s’ajoutent les inégalités territoriales, la pénurie de
professionnels, les ruptures de médicaments et de produits de diagnostic, ainsi
qu’une offre de soins primaires encore insuffisamment organisée. Le
médecin-conseil doit donc arbitrer dans un environnement où les besoins sont
considérables et les moyens limités.
Le
deuxième défi concerne les outils et le positionnement de la fonction. Le
mandat du médecin-conseil est parfois mal défini, trop centré sur le contrôle a
posteriori et insuffisamment associé aux décisions de financement. Les données
cliniques et administratives sont souvent incomplètes, peu interopérables ou
disponibles trop tard pour agir. Il faut enfin préserver une indépendance
professionnelle crédible, car le médecin-conseil se trouve au point de
rencontre entre l’assuré, le soignant et le payeur. Sa légitimité dépend de sa
capacité à expliquer ses décisions, à appliquer des règles transparentes et à
démontrer que la maîtrise des dépenses sert d’abord la pertinence, la
continuité et l’équité des soins.
Comment
le médecin-conseil peut-il contribuer à une meilleure maîtrise des dépenses de
santé tout en garantissant la qualité et la continuité des soins ?
Maîtriser
les dépenses ne signifie pas réduire les soins de manière indifférenciée. Il
s’agit de diminuer la dépense évitable : actes sans indication suffisante,
redondances, prescriptions inadaptées, ruptures de parcours, complications
évitables, fraudes et prises en charge trop tardives. Pour y parvenir, le
médecin-conseil doit passer d’une lecture isolée de la facture à une analyse de
la trajectoire du patient et de ses résultats de santé.
La notion d’événement de santé est particulièrement utile. Un événement pathologique, traumatique ou toxique, physiologique ou reproductif, évolutif, fonctionnel, résolutif ou terminal déclenche des besoins, des risques et un parcours qui peuvent être anticipés. En reliant chaque événement aux protocoles pertinents, aux ressources mobilisées et aux résultats attendus, le médecin-conseil peut repérer les écarts, proposer une orientation précoce, coordonner les intervenants et prévenir les récidives ou les complications.
Un médecin-conseil expliquant le parcours
de soins adapté
Concrètement,
il peut cibler les autorisations préalables sur les actes à fort enjeu,
conduire des revues de pertinence, analyser les variations de pratiques,
dialoguer avec les prestataires et suivre des indicateurs qui associent coût,
résultat clinique, délai, continuité et expérience du patient. Une bonne
régulation ne rationne pas aveuglément : elle consacre davantage de ressources
aux soins qui apportent le plus de valeur.
Dans
quelle mesure la prévention, le dépistage précoce et l’éducation sanitaire
peuvent-ils contribuer à réduire le coût des soins et à renforcer la couverture
sanitaire universelle ?
Leur
contribution est majeure, parce qu’ils permettent d’agir avant que l’événement
de santé ne devienne grave, coûteux ou irréversible. On peut prévenir sa
survenue, le détecter à un stade plus précoce ou éviter son aggravation et sa
récidive. La vaccination, la santé maternelle et infantile, la prise en charge
des facteurs de risque, le dépistage ciblé de certaines maladies chroniques et
l’accompagnement de l’observance illustrent cette logique. Ils améliorent les
résultats tout en réduisant les hospitalisations et les complications
évitables.
Le
médecin-conseil peut identifier les populations prioritaires à partir des
données, intégrer ces interventions dans le panier de soins, mobiliser les
prestataires et mesurer la participation, l’adhésion et les résultats.
L’éducation sanitaire est tout aussi importante : une personne qui comprend son
risque, son traitement et le fonctionnement du parcours utilise plus tôt et
plus justement les services disponibles.
Il
faut toutefois conserver une approche rigoureuse. Toute action de prévention
n’est pas automatiquement économique ou adaptée à tous les contextes. Les
programmes doivent être choisis selon leur efficacité, leur coût, leur
faisabilité et leur impact sur l’équité. La prévention renforce réellement la
CSU lorsqu’elle atteint les personnes les plus exposées et s’intègre à une
offre de soins capable d’assurer le suivi.
Quelles
réformes ou innovations seraient nécessaires pour permettre aux
médecins-conseils de mieux accompagner les systèmes de santé africains vers une
couverture sanitaire véritablement universelle ?
Il
faut d’abord reconnaître clairement la fonction de médecin-conseil dans les
textes, les organigrammes et les mécanismes de décision, avec un mandat précis,
des garanties d’indépendance et une responsabilité fondée sur des critères
explicites. Il faut ensuite investir dans des systèmes d’information
interopérables qui relient les droits, les événements de santé, les
prestations, les coûts et les résultats. Sans données fiables, le
médecin-conseil intervient trop tard et le système apprend trop peu.
Les
modes de financement doivent également évoluer vers un achat plus stratégique :
contractualisation avec les prestataires, protocoles partagés, paiements mieux
alignés sur la qualité et la continuité, et évaluation régulière des
technologies et des pratiques. Ces innovations doivent être testées par étapes,
avec des indicateurs simples, puis adaptées aux réalités locales plutôt que
transposées mécaniquement.
Enfin,
la transformation repose sur les compétences. Les médecins-conseils ont besoin
d’une formation continue en contrôle médical, gestion du risque maladie, santé
publique, économie de la santé, analyse de données, communication et éthique.
Des programmes structurés comme ceux de l’entreprise FCA FOCAL peuvent
professionnaliser cette pratique et créer une communauté africaine de pairs. La
CSU devient concrète lorsque la décision clinique, l’achat des soins et le
parcours du patient parlent le même langage ; le médecin-conseil peut
précisément organiser ce dialogue.
Propos
recueillis par William O.