47 000 femmes décèdent chaque année pour cause d’avortements à risque
- Posted on 28/09/2021 00:00
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- By stephaneogou@gmail.com
Extrait de l'article: Les chiffres ne mentent pas : entre 2015 et 2019, en moyenne, 73,3 millions d'avortements provoqués (sécurisés et non sécurisés) ont eu lieu chaque année dans le monde. Chaque année, entre 4,7 % et...
Message Marie-Evelyne Petrus-Barry, Directrice de l’IPPF-Région Afrique
Comment l'accès des femmes à l'avortement sécurisé va
changer dans les cinq prochaines années
Les chiffres ne mentent pas : entre 2015 et 2019, en
moyenne, 73,3 millions d'avortements provoqués (sécurisés et non sécurisés) ont
eu lieu chaque année dans le monde. Chaque année, entre 4,7 % et 13,2 % des
décès maternels peuvent être attribués à des avortements non sécurisés.
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) définit
l'avortement à risque comme une procédure d'interruption d'une grossesse non
désirée, soit par des personnes ne disposant pas des compétences nécessaires,
soit dans un environnement dépourvu de normes médicales minimales, soit les
deux. Les avortements à risque entraînent le décès de 47 000 femmes chaque
année et laissent des millions de personnes handicapées de façon temporaire ou
permanente.
En Afrique, près
de la moitié des avortements ont lieu dans les conditions les moins sûres. En
outre, la mortalité due aux avortements à risque touche de manière
disproportionnée les femmes en Afrique. Alors que le continent compte 29% de
tous les avortements à risque, il enregistre 62% des décès liés à des
avortements à risque (OMS).
On estime que 93 %
des femmes en âge de procréer en Afrique vivent dans des pays où la législation
sur l'avortement est restrictive. Cela signifie que les lois du pays
n'autorisent l'avortement que dans certains cas, souvent uniquement s'il y a un
risque pour la vie ou la santé de la femme, si la grossesse résulte d'un viol
ou s'il y a des signes de malformation du fœtus.
Le coût du traitement des complications médicales liées
aux avortements à risque constitue une charge financière importante pour les
systèmes de santé publique des pays en développement. En outre, plus le cadre
juridique est restrictif, plus la proportion d'avortements à risque est élevée.
Les statistiques
sur les avortements à risque nous donnent un aperçu de la souffrance que les
femmes doivent endurer pour mettre fin à une grossesse non désirée. Nous devons
remettre en question, réévaluer les positions des différents pays sur la
fourniture de soins d'avortement sûrs et vitaux. Nous devons plaider pour des
changements dans les lois et les politiques et faire pression pour l'adoption
d'approches ciblées et budgétisées qui permettent aux femmes et aux filles de
bénéficier de services d'avortement et de contraception sûrs, où qu'elles se
trouvent.
L'IPPF et d'autres
acteurs clés s'efforcent de faire en sorte que, dans les cinq prochaines
années, davantage de femmes et de jeunes filles accèdent différemment aux
services d'avortement, car les solutions pour interrompre une grossesse seront
plus facilement comprises et disponibles grâce à l'avortement médicalisé
autogéré. Cette nouvelle approche promet de transformer radicalement la façon
dont les soins de santé sont perçus et auxquels on accède en plaçant fermement
les femmes et les filles au centre du processus d'avortement ; en déplaçant la
dynamique du pouvoir d'une approche médicalisée et dirigée/décidée par le
prestataire à une approche centrée sur la personne et garantissant l'autonomie
corporelle. Les femmes peuvent ainsi prendre le contrôle de leur corps et
décider si et quand elles veulent avoir des enfants, tout en étant soutenues
par le système de santé si nécessaire.
Cette approche a
été approuvée par l'OMS et est détaillée dans les directives sur l'autogestion
des soins récemment publiées. Plusieurs études ont confirmé que l'avortement
autogéré est sûr, efficace et n'est pas inférieur à celui pratiqué en milieu
clinique. Une étude récente de l'OMS a révélé que 94 à 96 % des avortements
autogérés avaient des taux de réussite similaires à ceux des avortements
pratiqués en milieu clinique. En fait, 90 % des clientes ont confirmé qu'elles
recommanderaient l'avortement médicamenteux autogéré. En tant qu'acteurs locaux
et mondiaux œuvrant pour la santé, les droits et l'autonomie corporelle des femmes,
nous devons défendre et déployer ces nouveaux modèles et approches qui
soutiennent, protègent et défendent la santé des femmes, leurs droits sexuels
et la justice reproductive.
En juillet dernier, l'IPPF s'est jointe aux acteurs
mondiaux lors du Forum sur l'égalité des générations pour définir et annoncer
des investissements et des politiques ambitieuses pour les femmes et les filles
du monde entier. Parmi nos engagements audacieux, nous avons pris la résolution
"d'étendre et d'améliorer l'offre de soins en matière d'avortement par le
biais de 102 associations membres, y compris l'avortement médical et
chirurgical de qualité, l'aide à l'avortement centrée sur la personne et les
soins en matière d'avortement au-delà de 12 semaines de gestation par le biais
d'un modèle ambulatoire simplifié utilisant le transfert des tâches vers des
prestataires de niveau intermédiaire, y compris l'avortement médical
autogéré".
Il s'agit d'une promesse audacieuse qui ne peut dépendre
de la seule IPPF. Elle est essentielle si nous voulons atteindre l'objectif de
faire de l'autogestion de l'avortement une réalité d'ici 2026. L'IPPF appelle
notamment l'écosystème mondial, les mouvements féministes et les organisations
de la société civile à continuer de lutter contre les multiples obstacles
(juridiques, culturels, sociaux et religieux) qui empêchent les femmes
d'accéder librement à un avortement sans risque.
L'IPPF appelle également les responsables politiques et
les décideurs à respecter leurs engagements en matière de santé et de droits
sexuels et reproductifs (DSSR) et à abroger les lois et les politiques qui
empêchent l'avortement sans risque. Nous demandons aux donateurs d'investir
dans les produits et fournitures essentiels, dans les partenaires de prestation
de services et de donner la priorité à la recherche qui favorise cette
approche.
Nous exhortons également les parties prenantes et les
prestataires de services locaux et nationaux à adopter cette nouvelle approche
en encourageant, fournissant et soutenant l'intégration de nouveaux modèles de
prestation de services d'avortement au sein des services cliniques existants.
L'autotraitement n'est pas une solution miracle, et ce
changement radical ne se produira pas non plus par hasard. Il faut que nous
soyons toutes et tous pour qu'il se produise. Ce n'est pas seulement une
question d'accès. C'est une question fondamentale de liberté, de
responsabilisation et d'autonomie corporelle.
Par Marie-Evelyne Petrus-Barry
Marie-Evelyne
Petrus-Barry est la directrice régionale de la Fédération internationale pour
la planification familiale, région Afrique (IPPFAR). La Fédération
internationale pour la planification familiale, région Afrique (IPPFAR) est
l'un des principaux fournisseurs de services de santé sexuelle et reproductive
(SSR) de qualité en Afrique et une voix de défense de la santé et des droits
sexuels et reproductifs (SDSR) dans la région.