Interview du Dr Damien Ekoué-Kouvahey sur la situation alarmante des enfants diabétiques
- Posted on 07/02/2022 00:00
- Film
- By stephaneogou@gmail.com
Extrait de l'article: « Les enfants diabétiques traversent un véritable chemin de croix… Nous lançons un cri d’alarme. Nous demandons au gouvernement de se pencher sur la situation des enfants diabétiques. »...
« Les enfants diabétiques traversent un véritable chemin de croix… Nous lançons un cri d’alarme. Nous demandons au gouvernement de se pencher sur la situation des enfants diabétiques. »
L’avènement
de la pandémie Covid-19 constitue un sérieux problème pour l’humanité.
Cependant, plusieurs pathologies mortelles sont considérées comme moins
dangereuses. C’est le cas des maladies non transmissibles, encore appelé
« les tueurs silencieux » notamment le diabète, l’hypertension
artérielle et le cancer. Dans notre rubrique santé-nutrition de cette semaine,
nous nous sommes intéressés au diabète infantile. Comment vivent ces enfants
diabétiques en cette période sensible du coronavirus ? Dr Damien
Ekoue-Kouvahey, Coordonnateur Alliance MNT, répond dans cet entretien.
Santé-Education : Comment expliquez-vous le taux élevé des enfants diabétiques ?
Dr
Kouvahey : Le diabète est défini par une
hyperglycémie chronique, due à une insuffisance quantitative ou qualitative en
insuline. Chez les enfants, cette insuffisance vient du fait que soit le
pancréas ne sécrète pas ou pas assez de l’insuline, soit l’insuline secrétée
n’est pas reconnue par l’organisme et donc non fonctionnelle. Plusieurs autres
causes, qui peuvent aller d’une destruction des cellules à des phénomènes
antigéniques et d’autres peuvent sous-tendre cette pathologie. Ces enfants sont
insulino-dépendants. Ils sont mis sur un traitement à base d’insuline et un
régime alimentaire qui leur permet de faire face à la maladie du diabète. Le
diabète infantile va entraîner beaucoup de complications au niveau des yeux, au
niveau du cœur, au niveau rénal, et niveau du pied.
Quel est impact la Covid-19 a sur la prise en charge de ces
maladies ?
Le problème
que nous avons aujourd’hui est de plusieurs ordres. On sait que la pandémie à
la Covid-19 est une maladie qui fait plus de complication et de ravages au
niveau des maladies chroniques c’est à dire le diabète. Et donc, depuis cette
pandémie, tous ceux qui sont diabétiques, hypertendus, obèses ou des problèmes
respiratoires, on leur a toujours dit: « faites très attention! parce que
si vous attrapez le coronavirus, vous avez beaucoup de risques d’en mourir plus
que les autres ». Donc les enfants diabétiques, à cause de cela sont casés
à la maison. Il ont peur de sortir pour honorer leur rendez-vous de
consultation et nous nous sommes rendu compte ces derniers temps que cela a
aggravé leur maladie.
Autre
aggravation de la maladie, c’est parce que les parents pour la plupart n’ont
pas de sous pour acheter l’insuline. Et donc, au lieu de leur faire les injections
d’insuline une ou deux fois par jour, ils le font tous les deux ou trois jours
afin d’économiser sur l’insuline. D’autres n’ont même pas pu le faire, ce qui
fait qu’ils ont eu beaucoup de complications en cette période de coronavirus.
Le problème
de l’alimentation également se pose. Pour bien manger, il faut avoir de
l’argent. Il ne faut pas manger n’importe quoi : il faut des crudités, il
faut une alimentation surveillée. J’ai un enfant diabétique dont le parent est
menuisier qui me dit que depuis que coronavirus est arrivé, personne n’est
venue demander du travail en menuiserie. Du coup, il n’arrive pas à prendre
soin de son enfant qui est diabétique et donc tout est bafoué.
Comment s’en sortent-ils ?
Les enfants
diabétiques en cette période de coronavirus traversent un véritable chemin de
croix. La semaine passée, il y a deux jeunes que nous connaissons depuis, qui
ont été amputés parce qu’ils n’ont pas respecté leur traitement depuis quelques
mois. D’autres ont de problèmes de vues, d’autres, des problèmes cardiovasculaires.
Nous pensons que c’est une sérieuse urgence par rapport au Covid-19 que ces enfants soient mieux soutenus. Ils ont besoin d’appareil de glucomètre pour pouvoir doser leur glycémie. Ils ont besoin pour la plupart de l’insuline pour pouvoir faire face à la maladie. Ils ont besoin de sous pour pouvoir équilibrer leur alimentation. Voilà la situation actuelle des enfants diabétiques que nous gérons un peu, avec tous les autres qui prennent en charge ces enfants.

Jeune diabétique, amputé de ses membres inférieurs
Avez-vous
les moyens de votre politique ?
Absolument pas. Nous avions
entre temps, une ONG allemande Togo-Verein qui avait soutenu les enfants
pendant quelques mois au début de l’année. Mais actuellement, dû à la pandémie
du coronavirus, ils nous ont dit que tout est en stand by chez eux et
d’attendre plutôt la fin de la maladie pour voir ce qu’ils pourront encore
faire pour ces enfants diabétiques. Alors que justement c’est la période de la
douleur. Nous sommes en train de négocier avec plusieurs bonnes volontés pour
voir qui peut nous aider à soutenir un peu le poids de ces jeunes pour alléger
leur fardeau.
Aujourd’hui,
nous n’avons personne pour les aider. Souvent c’est personnellement que nous
organisons au niveau de notre ONG VISA des soirées, des activités de fêtes avec
un objectif de collecte de fonds et ces fonds étaient reversés pour aider les
enfants diabétiques. Aujourd’hui avec la pandémie, impossible de faire des
spectacles, impossible de faire des soirées. Nous sommes dans une dynamique qui
ne nous permet pas de prendre en charge ces enfants diabétiques et qui nous
oblige à tendre la main à d’autres bonnes volontés pour venir aider ces
enfants.
Combien
d’enfants diabétiques on peut compter aujourd’hui?
Directement
nous avons une vingtaine d’enfants, ajoutés aux autres suivis par l’Association
Togolaise du Diabète (ATD) et l’Association Togolaise des Malades du Diabète (ATMD).
Ils sont pris en charge dans les cliniques et hôpitaux. Nous estimons avoisiner
la centaine à Lomé et alentours.
Que proposez-vous
aujourd’hui aux gouvernants, face à cette situation difficile ?
Nous lançons
juste un cri d’alarme. Nous demandons au gouvernement de se pencher sur la
situation des enfants diabétiques. S’il y’a une possibilité de les soutenir
financièrement, une possibilité de leur acheter de l’insuline, une possibilité
de leur venir en aide à leur niveau par des appareils de glycémie et de
réorganiser mieux le secteur de la prise en charge du diabète infantile. C’est
des enfants qui sont victimes du diabète. Si un soutien pourrait naître d’une
manière ou d’une autre à n’importe quel niveau pour soutenir ces enfants
diabétiques qui sont aussi pour demain une force de la nature et une force pour
notre pays, c’est de bonne guerre.
Pour
conclure, je rappelle que beaucoup d’enfants diabétiques n’arrivent plus à
aller vraiment à l’école. Parce que le diabète les empêche de bien évoluer.
Comme un jeune qui m’a écrit un matin de Kpalimé qu’il doit passer le BAC cette
année mais qu’il a des difficultés. Donc si certaines bonnes volontés pourraient
tendre la main à ces enfants en nous demandant une rencontre avec ces enfants
diabétiques pour poser le problème et essayer de les aider.
Propos recueillis par William
O.