Étude CAP de référence au Togo: la notion des droits à la santé sexuelle et de la reproduction peu connue par les populations

Image

by Tsonyadzi Gadiel 28 Oct 2020 0 commentaires 75 Vues

Le projet « Engagement de la société civile pour la promotion de la Santé, Droits Sexuels et de la Reproduction pour Tous au Togo » est une initiative du « Mouvement Pro-SSR pour tous au Togo » regroupant 14 OSC dont l’ONG ADESCO est cheffe de file. Il entend contribuer à la promotion de la Santé, des Droits Sexuels et de la Reproduction pour tous les citoyens sans discrimination au Togo. Dans la mise en œuvre de ce projet, il est prévu, de disposer d’une photographie de départ sur les Connaissances, Attitudes, comportements/Pratiques (CAP) de la population togolaise en matière de Santé, Droits Sexuels et de la Reproduction (SDSR). Pour y arriver une étude de référence a été réalisée et a permis de disposer des données de base sur ces CAP, les indicateurs de résultats/effets du projet selon leur définition dans le cadre logique d’intervention et la matrice de suivi-évaluation du projet ; les Pratiques néfastes spécifiques à chaque communauté en rapport avec la SDSR (diagnostics quantitatif et qualitatif).

Quel est l’état actuel des Connaissances, Attitudes et Pratiques de la  population togolaise y compris les Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transgenres et Queers (LGBTQ) en matière de la SDSR au Togo ? C’est la grande question sur laquelle s’est basée cette étude. 

Le Togo a ratifié plusieurs instruments juridiques internationaux sur les droits humains, le principe de la non-discrimination et l’égalité des droits pour tous. Cependant, l’application de ces droits, de façon générale et précisément sur les questions relatives à la jouissance des droits à la Santé Sexuelle et de la Reproduction par la population, reste un défi à relever. Ce chalenge est beaucoup plus important en ce qui concerne les franges de la population les plus exclues de la jouissance de la SDSR, telles que les minorités sexuelles des communautés LGBTQ. La sous-information, la non disponibilité des services de santé génésique de qualité, les croyances religieuses et coutumières entre autres contribuent à un environnement défavorable et très stigmatisant.


Après analyse des objectifs assignés à la recherche, trois (3) hypothèses justifient cette question fondamentale dans le contexte togolais ; il s’avérait que :

Les droits à la santé, les droits sexuels et de la reproduction sont peu connus des populations et de la communauté LGBTQ ; que Les droits à la santé, les droits sexuels et de la reproduction des minorités sexuelles sont peu appliqués par le personnel soignant ; et aussi que La communauté LGBT fait face à de nombreuses violences basées sur les normes et croyances socioculturelles en matière de jouissance à la SDSR.

L’étude a touché 970 personnes issues de la population générale et 290 LGBTQ. La méthodologie adoptée a combiné les techniques qualitatives, quantitatives et l’analyse documentaire et a rendu l’étude participative, interactive basée sur le dialogue permanent entre les parties prenantes. Elle a été menée dans la période de février à mai 2020 dans toutes les 6 régions sanitaires du Togo.

L’étude s’est déroulée en quatre (04) phases consécutives : i) préparation et organisation de la mission, ii) enquête de terrain, iii) production du rapport et iv) la validation et la finalisation du rapport.

La collecte de données s’est déroulée de front par rapport aux six régions sanitaires et aux répondants. Que ce soit à Lomé, à Tsévié, à Atakpamé, à Kpalimé, à Sokodé, à Kara et à Dapaong, la collecte par ville a été assurée par des agents dont des membres de la communauté LGBTQ à la fois enquêteurs et mobilisateurs des pairs.  Cette collecte a touché, la population, les LGBTQ, les OSC du « Mouvement » et autres, les directeurs régionaux de la santé et de l’action sociale, les magistrats, les responsables des radios, des USP en milieu rural, les leaders communautaires, les agents de sécurité et de la protection civile à travers des entretiens individuels et des discussions de groupe.

Les résultats de la recherche

Au plan des connaissances

La notion de la SDSR et les différents droits subséquents sont peu connus des Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transgenres et Queers (LGBTQ) et de la population.  En effet, environ 80% de la population contre 86.6% des LGBTQ ont déclaré ne pas connaitre cette notion. Ainsi, le niveau de méconnaissance des LGBTQ est plus élevé que celui de la population.

Les services de la SSR les plus connus par les populations sont le planning familial, la prévention et le traitement des IST, l’éducation et l’information (sensibilisation). Quant aux LGBTQ, le service le plus connu est ‘’la prévention et le traitement des IST’’. La majorité de la population interrogée (66,3%) ne reconnait pas l’égalité des droits entre les hétérosexuels et les LGBTQ du fait de leur hostilité à toutes autres formes d’orientations sexuelles autre qu’hétérosexuelle. Par ailleurs, cette population n’a pas conscience que le déni de l’accès légitime des LGBTQ à des services de santé constitue un danger à terme pour tous. En effet, le taux de prévalence du VIH est dix fois plus élevé chez les Hommes ayant des rapports Sexuels avec d’autres Hommes (HSH : 21,98 %) [1]qu’au sein de la population. Ainsi l’hypothèse selon laquelle « les droits à la santé, les droits sexuels et de la reproduction sont peu connus des populations et de la communauté LGBT » est vraie.


Au plan des attitudes

La majorité de la population (63,9%) dont 63,3% des hommes sont hostiles à la jouissance des droits à la SSR par les LGBT. Cette hostilité est fondée sur des stéréotypes et les préjugés tels que « c'est une mauvaise chose d'être LGBTQ », « C'est un grave péché d'être LGBTQ ». Ces attitudes hostiles se sont plus manifestées dans les régions Centrale et de la Kara. Par contre, pour les minorités sexuelles quel que soit le genre, la jouissance à la SSR est un droit inaliénable de tout être humain.

Tous les prestataires de services de santé en milieu rural ou périurbain rencontrés ont affirmé n’avoir jamais reçu en consultation un homosexuel, du moins aucun de leurs patients n’a révélé une telle orientation sexuelle. Cependant, à travers leurs propos, tous n’approuvent pas l’homosexualité. Ainsi, sur la base des différents témoignages des LGBTQ « Les droits à la santé, les droits sexuels et de la reproduction des minorités sexuelles sont peu appliqués par le personnel soignant ».


Au plan pratique

Les populations interviewées ont déclaré jouir des droits à « l’égalité et l’équité (49,1%) » ; « recevoir une éducation sexuelle (37,7%) » ; « Choisir librement son/sa partenaire sexuel (33,2%) ».

Quant aux LGBTQ, certains d’entre eux ont déclaré jouir essentiellement des droits de « choisir librement son/sa partenaire sexuel(le) » (38%) et « dire oui/non à un rapport sexuel/consentement sexuel» (32%). Cependant, l’analyse des données des focus group révèle que cette liberté de choix n’est perçue comme telle qu’au sein de leur communauté. En effet, les LGBTQ cachent leurs partenaires sexuels. Dans ce cas, jouissent-ils réellement de ce droit ? De surcroît, selon eux, leurs orientations sexuelles ne sont pas acceptées par la population !

La population générale a mentionné accéder à trois principaux services SSR que sont la prévention et le traitement des IST ; l’éducation et information et le planning familial. Les LGBTQ ont déclaré accéder principalement à la « prévention et le traitement des IST ».

L’étude révèle également l’existence de plusieurs facteurs qui défavorisent la jouissance des droits à la SSR pour tous. Il s’agit notamment des préceptes, principes et pratiques des religions, des règles sociales, pratiques et rites coutumiers et des mentalités liées à la socialisation. Par contre, selon les LGBTQ, il existe quelques facteurs favorisant, notamment l’existence des ONG locales et internationales qui œuvrent pour la promotion des droits à la SSR pour tous, de quelques centres de soins privés qui leur offrent des services adaptés et - d’associations LGBTQ qui initient des actions leur permettant d’avoir accès aux services SSR à travers les ONG friendly.

En ce qui concerne les violences sur les LGBTQ, ceux-ci ont déclaré subir des agressions physiques par les amis / connaissances (17,6%), des militaires (8,6%), leurs parents (7,2%), les chefs religieux (6,9%) et leurs frères/sœurs (5,9%) voire leurs pairs. Ils affirment également être victimes de stigmatisation / discrimination, d’insultes, de viols, de propos dévalorisants et humiliants (31%). D’où la confirmation de l’hypothèse « La communauté LGBTQ fait face à de nombreuses violences basées sur les normes et croyances socioculturelles en matière de jouissance à la SDSR ».


Au regard des résultats de la recherche, il ressort que les populations et les LGBTQ connaissent partiellement quelques droits fondamentaux des LGBTQ et dans la pratique ces derniers subissent des violences concernant les soins de santé. D’où s’imposent des discussions avec un regard critique par rapport à l’évolution de la jouissance des droits à la santé, droits sexuels et de la reproduction pour tous au Togo et dans la sous-région sub-saharienne.

Gadiel Tsonyadzi




 


Laissez un commentaire

Connectez-vous :




slider-image

Plantes médicinales locales contre la Covid-19

14 May 2020

Il existe des recettes maison qui contribuent à renforcer le système immunitaire. Santé-Education a toujours publié des articles qui recommandent des recettes, des astuces et pratiques

L’oignon contre l’asthme bronchique et les affections respiratoires

25 Mar 2020

Toutes les infections des voies respiratoires, de la sinusite à la bronchite et la pneumonie, s’améliorent grâce à la consommation d’oignon. Les effets bénéfiques de l'oignon...

La réflexologie pour renforcer le système immunitaire

14 Nov 2020

Un atelier de travail des réflexologues a été animé à Lomé le 14 novembre dernier. C’est une initiative de l’Association des praticiens de la Réflexologie du Togo (APRT).

De l’ampleur des faux médicaments dans la préfecture de Yoto

20 Nov 2020

La prolifération des médicaments falsifiés représente une forte menace pour la santé publique. D’après l’OMS, en Afrique subsaharienne, 30% des médicaments en circulation sont falsifiés.