Avons-nous des fruits et légumes naturels sur le marché ?

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by Dzakpata Raymond 25 Jun 2021 0 commentaires 334 Vues

L’OMS recommande la consommation de 5 portions de fruits et légumes pour la santé et la longévité. D’après l’enquête STEPS 2010, environ 94% des Togolais reconnaissent ne pas pouvoir consommer les 5 portions de fruits et légumes par jour.  Mais depuis quelques années la consommation de fruits et légumes gagne du terrain au Togo. Ceci arrange les affaires des femmes commerçantes des marchés entre autres Hanoukopé, Atsikpodji, Adidogomé Assiyéyé et Akodessewa. Mais deux des questions essentielles que se posent certains consommateurs sont les suivantes : « y a-t-il vraiment des fruits et légumes naturels ou de qualité sur le marché ? » Quels traitements donne-t-on aux fruits avant de les mettre sur le marché ? Voici le témoignage de certaines commerçantes.
 
Médecins, nutritionnistes, promoteurs agricoles et médias mettent en exergue et vantent les bienfaits des fruits et légumes sur l’organisme et la santé. Sur le plan nutritionnel, les fruits et légumes représentent d’importantes sources de vitamines, minéraux, fibres, antioxydants et d’énergie dont le rôle sur le métabolisme et le bien-être est confirmé. C’est pourquoi l’OMS recommande la consommation de 5 portions de fruits et légumes par jour pour garantir la santé. Du coup, les gens en ont fait leurs médicaments. Cela a donné un coup de fouet au marché. « Nous bénéficions d’une publicité gratuite. La demande est de jour en jour plus forte et tous les fruits sont prisés », se félicite Rico, un étudiant et revendeur occasionnel des fruits au marché Hanoukopé. Au marché d’Adidogomé Assiyéyé la plupart des fruits étalés sont les oranges, les papayes, citrons, ananas, avocats, mangues, melons, bananes et pamplemousse. Ces fruits en bonne formes, ont l’air appétissant et donnent envie d’être consommés.
D’où proviennent ces fruits ?
La région des Plateaux est réputée pour ses énormes potentialités agricoles au Togo. Sous l’effet conjugué de la richesse de ses sols, d’une bonne pluviométrie et d’un climat favorable, cette partie du Togo connait chaque année une abondance en produits fruitiers, notamment dans Amou, Kpélé, Kloto, Agou. Pour Blandine, Revendeuse de fruits au marché de Hanoukopé , «les fruits que nous réceptionnons de Kpalimé sont : les bananes, les avocats, les bananes plantains, Agnigli ou corossol. Les mangues proviennent de Sokodé ». Da Kossiwa, revendeuse de fruits au marché de Adidogomé Assiyéyé depuis des années témoigne que les fruits sur leurs étalages viennent d’horizons divers. « Ce sont les grossistes qui partent s’approvisionner dans les plantations à Kpalimé et à Agou pour les bananes et les avocats, à Dapaong pour la mangue, au Bénin et au Ghana pour les oranges, à Notsè et au Bénin pour les ananas », indique-t-elle.
Fruits et légumes naturels ou traités ?
Est-ce que ces fruits et légumes sont cultivés de manière naturelle ? Est-ce que ces fruits sont de bonne qualité ? Voici quelques interrogations des consommateurs ? Une des revendeuses approchées avec ces questions a souri avant de répondre d’une manière détournée : « je peux vous peler ces oranges si vous allez voir. Elles sont juteuses. Elles sont bien remplies d’eau ». Sur les trois oranges pelées, une seule était consommable. Les deux autres bien jaunes et fermes étaient difficiles à presser et ont un gout amer. Mme Gisèle, une gérante de boutique d’alimentation générale au marché d’Adidogomé Assiyéyé témoigne: «aujourd’hui on ne consomme plus la qualité hein. On arrose nos champs avec des pesticides. Les fruits ont l’air bien tendres mais quand vous les consommez certains sont amers, en particulier les oranges et certains avocats. Vous pouvez acheter 8 oranges peut-être 3 sont comestibles. »
Par contre, les revendeuses sont optimistes et rassurent de la bonne qualité des fruits et légumes sur leurs étalages. « On entend dire que les fruits sont remplis de pesticides. Et certains sont inquiets. Est-ce que c’est tous les fruits ? Nous pouvons rassurer la population que nous avons des fruits naturels et de qualité ici à Hanoukopé. C’est des fruits cultivés et qui murissent naturellement », martèle Blandine.

« Je ne comprends pas pourquoi les gens sont sceptiques en ce qui concerne la qualité des fruits. Nous vendons des fruits et légumes naturels issus des champs togolais. Ce ne sont pas des choses importés », a renchéri Maman Hélène, Revendeuse d’Adémè au Marché d’Adidogomé Assiyéyé.

Faire murir les fruits pour préserver la qualité ?
D’après les revendeuses, la chaleur dérange les fruits, parce que la plupart n’ont pas une longue durée de vie. Cela les oblige par moment à les brader. « On amène les fruits non mûrs, quand on les met en voiture jusqu‘ici ils se fanent complètement. Quand on les reçoit on les met dans un panier, on met un papier dans le panier et après on les enroule dans le papier, jusqu’au lendemain ils commencent à mûrir en raison de la chaleur. Et quand on les expose ils murissent encore plus parce qu’on les couvre et les étale sur du plastique. Sinon ce sont de bons fruits que nous vendons », témoigne Blandine.
Certains fruits et légumes mûrissent après avoir été récoltés. Mais d’autres sont traités autrement. Une banane achetée quelques jours auparavant au marché noircit dangereusement dans la corbeille à fruits alors que les pastèques, encore trop jeunes, semblent ne jamais atteindre la maturation parfaite. On a déjà fait cette observation frustrante. « Cependant, d’une manière générale, les fruits et légumes sont peu nombreux à continuer leur mûrissage après avoir été cueillis. La majorité notamment le citron, le concombre, sont dits non-climactériques. C’est-à-dire qu’ils ne mûriront plus après avoir été cueillis. Les autres, comme l’avocat, la pomme africaine, la banane, le melon et la tomate sont climactériques. Après avoir été récoltés, ils continuent leur maturation grâce à l’éthylène qu’ils contiennent », fait remarquer un agronome.
Il existe certains fruits qui mûrissent encore, au détriment de la saveur. Bien que la banane, l’avocat, le melon ou encore la poire, entre autres, puissent gagner en maturation après la récolte, leur taux de sucre, lui, n’évoluera pas. La pastèque, elle mûrit sans cesse jusqu’à s’abîmer, sans que sa saveur n’en soit altérée. « Les poivrons, par exemple, s’ils sont cueillis trop tôt avant maturité, seront gâtés. Le concombre, lui, arrête aussitôt de mûrir mais peut se conserver plusieurs jours sans risque. La plupart des légumes principalement composés d’eau commencent par flétrir avant d’être abîmés», souligne l’observateur. Certains fruits tirent leur épingle du jeu et évoluent différemment.
Les pesticides pour faire murir les ananas
Un agriculteur d’ananas révèle que des maraîchers emploient des pesticides pour faire murir les ananas de les déverser sur le marché.  « On stimule la floraison par l’utilisation des produits chimiques. Comme les ananas sont de couleur verte à l’état naturel, même quand ils sont bien mûrs, les agriculteurs utilisent un produit chimique appelé éthéphon pour les faire jaunir. Ils aspergent ces produits sur la plante la nuit, et des jours plus tard, on remarque un murissement. S’ils ne pratiquent pas ce type de murissement, il pourrait y avoir des mois où ils ne récolteraient rien », dit-il.
La cueillette prématurée
La mauvaise qualité des fruits est due en grande partie à la cueillette prématurée. Dans le but de les voir mûrir le plus rapidement possible, certains vendeurs et revendeurs n’hésitent pas à utiliser le carbure de calcium, un produit hautement toxique. D’après certains témoignages recueillis, les femmes emballent des morceaux de carbure dans des chiffons mouillés et les déposent dans des récipients contenant des fruits non mûrs tout en les couvrant. Le carbure dégage alors de la chaleur qui garantit la maturité forcée. En fait, il reste à la surface des fruits avant de s’évaporer. Ce qui constitue un risque pour l’environnement. Le carbure, encore appelé «pierre» par les commerçants de fruits, est un produit friable. Il a une odeur forte semblable à celle du souffre. Solide, sa couleur est identique à celle de la potasse. C’est ce qui est utilisé par bon nombre de commerçants pour précipiter la maturation des fruits. Sont-elles conscientes du danger que représente leur formule de maturation des fruits ? Pas sûr.
Devant ce phénomène d’utilisation du carbure de calcium, les fruits sont dénaturés et deviennent fades à cause du carbure. Ils n’ont plus de goût. Cela a des effets négatifs sur la santé. En réalité, quand les fruits mûrissent, de nombreux changements biochimiques se produisent. Les plus évidents sont la couleur, l’arôme et la fermeté du fruit. Le carbure de calcium se combine avec l’humidité de l’air pour libérer un gaz appelé acétylène produit lors de la maturation.
La recherche du gain rapide amène certains acteurs à faire usage de substances chimiques pour le mûrissement des fruits. 
Le Togo, un pilier de production de fruits et légumes
D’après le rapport « Les fruits et légumes au Togo : état des lieux de la production, organisation des filières et contribution à la sécurité alimentaire et nutritionnelle », en 2017, le Togo a produit plus de 560 000 tonnes de fruits dont 66% de mangues. Les autres principaux fruits du Togo sont: avocat, papaye, banane, agrume et ananas. Entre 2013 et 2017 la production de légumes est passée de 21 687 tonnes à 37 215 tonnes. Selon l’Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques et Démographiques (INSEED), les importations de fruits et légumes au Togo s’élèveraient à 8385 tonnes en 2017, représentant en valeur 1,4 milliards de FCFA alors que les exportations sont de l’ordre de 30265 tonnes soit environ 4,578 milliards de FCFA. Le Togo produit chaque année 60 000 tonnes de fruits et 40 000 tonnes de légumes.
Abel OZIH

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