Lutte contre le VIH/sida : entre progrès et inquiétudes
- Posted on 04/12/2025 14:26
- Film
- By abelozih@sante-education.tg
Extrait de l'article: La lutte contre le VIH est dans une situation paradoxale. Malgré des avancées scientifiques réelles, le dernier rapport de l’Onusida livre un constat alarmant : la riposte mondiale est fragilisée, prise dans une spirale de financements en baisse et d
La lutte contre
le VIH est dans une situation paradoxale. Malgré des avancées scientifiques
réelles, le dernier rapport de l’Onusida livre un constat alarmant : la riposte
mondiale est fragilisée, prise dans une spirale de financements en baisse et de
ruptures de services sanitaires.
Selon la directrice
de l’Onusida, Winnie Byanyima, « la
réponse mondiale contre le VIH a connu son plus important recul depuis des
décennies ». Dans treize pays, le nombre de personnes nouvellement mises
sous traitement a diminué. Des ruptures d’approvisionnement sont rapportées en
Éthiopie et en République démocratique du Congo, touchant aussi bien les tests
de dépistage que l’accès aux traitements antirétroviraux. Au Nigeria, la
distribution de préservatifs a chuté de 55%. Les organisations communautaires,
qui constituaient jusqu’ici le cœur de la riposte, sont durement frappées :
plus de 60% de celles dirigées par des femmes ont dû suspendre des programmes
essentiels.
Au Togo, selon les statistiques publiées, 594 329 personnes ont
été dépistées en 2024, et plus de 16 millions de préservatifs ont été
distribués. Les nouvelles infections sont passées de 6 300 en 2010 à 2 100 en
2024, soit une baisse de 68 % tous âges confondus. Les décès liés au sida ont
également chuté de 68 % sur la même période, atteignant 1 800 décès en 2024,
avec une diminution de 69 % chez les enfants de 0 à 14 ans. Dans le domaine de la prévention de la transmission
mère-enfant (PTME), le taux de transmission reste de 13 %, encore loin de
l’objectif national fixé à 5 %.
À l’échelle
mondiale, près de 40,8 millions de personnes vivent aujourd’hui avec le VIH.
L’an dernier, 1,3 million de nouvelles infections ont été enregistrées. Et 9,2
millions de ces personnes n’ont toujours pas accès à un traitement ARV. « Le VIH n’est pas fini », insiste
Winnie Byanyima, qui lance un appel pressant à la mobilisation internationale,
quelques jours seulement après une terrible désillusion. Le Fonds mondial
contre le sida, le paludisme et la tuberculose n’a récolté qu’un peu plus de 11
milliards de dollars pour les trois prochaines années, quand il estimait en
avoir besoin de 18 milliards. Cette reconstitution est même inférieure à celle
de 2022, menaçant ainsi la pérennité de nombreux programmes tout autour du
monde.
Quelques avancées dans les labos
Pourtant, dans les
laboratoires et les centres de recherche, la lutte contre le virus ne stagne
pas. Yazdan Yazdanpanah, Directeur de l’Agence nationale de recherche sur le
sida et les maladies émergentes (ANRS-MIE), y voit une situation paradoxale,
une « double dynamique » avec, d’un côté, des progrès thérapeutiques
importants ; de l’autre, un affaiblissement de la capacité à les déployer.
Des traitements
antirétroviraux à longue durée d’action sont désormais disponibles. Plutôt que
de vivre avec la prise quotidienne d’un comprimé, des patients peuvent espacer
les doses : « on peut faire tous les deux
mois », explique Yazdan Yazdanpanah, ce qui améliore l’acceptation du
traitement. « 43% des personnes vivant
avec le VIH privilégient ces traitements longue durée parmi leurs premiers
choix, même avant des critères comme les effets secondaires ou la taille des
comprimés ».
Des génériques d'un traitement préventif contre le VIH
à coût abordable dès 2027 dans une centaine de pays
Autre innovation
majeure : la PrEP injectable, en prévention. Le Lénacapavir, recommandé
récemment par l’OMS, offre une protection semestrielle contre l’infection. « C’est une injection tous les six mois pour
empêcher le VIH », précise Yazdan Yazdanpanah. Grâce à un accord
international, le coût pourrait tourner autour de 40 dollars par an dans 120
pays à ressources limitées, alors que le médicament était jusqu’à présent vendu
environ 30 000 dollars par an aux États-Unis.
Mais ces avancées
risquent de rester théoriques si les systèmes de santé ne suivent pas. En 2025,
l’aide mondiale au développement en matière de santé a diminué de 22%, marquée
par la diminution ou l’arrêt de programmes américains.
« Le problème, c’est la brutalité qui va avec. Il faut
lutter contre. Mais dans le même temps, cette dépendance envers les États-Unis,
en termes de recherche et d’intervention sur le VIH, ce n’est pas normal non
plus. Il y a un problème avec notre écosystème et il faut réfléchir à ça. », estime Yazdan Yazdanpanah.
L’Afrique
subsaharienne illustre ce dilemme. Le continent concentre une grande partie des
nouvelles infections et 60% des malades du VIH y vivent. Dans plusieurs zones,
les fermetures de centres communautaires se multiplient, tandis que la distribution
de préservatifs ou l’accès au dépistage régresse. La crise du financement,
combinée aux séquelles de la pandémie de Covid-19, fragilise, voire compromet,
les progrès réalisés depuis le début des années 2000.
L’Onusida est claire
: « La science seule ne suffira pas ». L’agence onusienne appelle ainsi à
repenser le modèle de financement international, et que les pays les plus
touchés y consacrent des ressources propres. Faute de quoi, au lieu de mettre
fin à l’épidémie de VIH/sida en 2030 comme elle s’y est engagée, la communauté
internationale ne pourra qu’au mieux la contenir. Pire, si les trajectoires
financières restent dans leur dynamique actuelle, l’Onusida anticipe un retour
à la hausse du VIH/sida d'ici à 2030.
Jean
ELI (Source : RFI)