Manque de suivi nutritionnel dans les hôpitaux : Interview de Yasmine Zerbo, Nutritionniste diététicienne
- Posted on 02/10/2023 17:40
- Film
- By abelozih@sante-education.tg
Extrait de l'article: La dénutrition est très fréquente chez les malades hospitalisés. Sa prévalence et ses conséquences sont sous-estimées. La dénutrition est en effet un facteur indépendant de morbi-mortalité, responsable de surcoûts hospitaliers importants. Nutritionn
« Dans
beaucoup de pays africains, il y a un grave problème de diététique. Sur quatre patients hospitalisés deux souffrent
de dénutrition hospitalière. La plupart meurt par faute manque de suivi nutritionnel »,
La dénutrition est très
fréquente chez les malades hospitalisés. Sa prévalence et ses conséquences sont
sous-estimées. La dénutrition est en effet un facteur indépendant de morbi-mortalité,
responsable de surcoûts hospitaliers importants. Nutritionniste diététicienne, spécialiste de la prise en charge
nutritionnelle des maladies chroniques telles que l’hypertension artérielle,
l’obésité, le diabète et le cancer, Yasmine Zerbo souligne que l’état nutritionnel, est
la composante essentielle de la santé et du bien-être d'une personne
hospitalisée. Dans cet
entretien, la spécialiste lance un cri de cœur aux autorités africaines afin de
sauver les patients hospitalisés du manque de suivi nutritionnel faute de
diététiciens.
Santé-Education : Quelle différence y a-t-il
entre diététique et nutrition ?
Yasmine Zerbo : La nutrition est vaste. Il y a la nutrition
humaine, communautaire et clinique. La diététique c’est la nutrition clinique.
Les nutritionnistes eux, ils font l’étude approfondie des aliments. Le
diététicien lui c’est le seul professionnel de santé capable de travailler dans
les hôpitaux, parce que sa formation est purement clinique. C’est le
diététicien qui utilise la table de composition des aliments pour calculer la
valeur nutritive des aliments et des menus. C’est le diététicien qui se sert de
l’aliment pour composer un menu pour toutes les personnes bien portantes ou
malades. C’est le diététicien qui assure le suivi des personnes malades, des
diabétiques des hypertendus, des hémodialysés, des cancéreux. Il s’occupe
encore de l’éducation nutritionnelle des personnes bien portantes telles que
les enfants, les adolescents, les adultes, les personnes âgées, les femmes
enceintes, les femmes allaitantes.
Le diététicien est -il un professionnel
indispensable en milieu hospitalier ?
Absolument. Mais malheureusement la diététique
n’est pas trop connue dans beaucoup de pays africains parce qu’on ne trouve pas
les diététiciens dans les centres hospitaliers. Or les diététiciens sont
indispensables dans les structures hospitalières pour lutter contre la
dénutrition hospitalière. Il faut que les ministères en charge de la santé prennent
conscience de la dénutrition hospitalière dans les
structures hospitalières. On peut constater que beaucoup de patients meurent
par manque de soutien nutritionnel. C’est vrai que le traitement médicamenteux
joue un grand rôle, mais l’alimentation joue aussi un important rôle.
Qu’est-ce que la dénutrition hospitalière ?
La nutrition hospitalière, c’est faire l’état nutritionnel de chaque patient, composer des régimes, aider la cuisine à composer les menus en fonction des pathologies, s’assurer que la cuisine a respecté les doses. C’est le diététicien qui part ensuite administrer aux patients.

Mais dans certaines structures hospitalières, en
réanimation par exemple, il y a un grave problème de diététique, les patients
souffrent de dénutrition. Au Burkina par exemple, au CHU de Yalgado, en tant
que spécialiste en nutrition entérale et parentérale, j’ai proposé un produit
local pour lequel j’ai fait ressortir la valeur microbiologique, la valeur
physicochimique, la valeur nutritionnelle. Je suis en train de faire
l’agrégation pour pouvoir aider les patients. Le diététicien est indispensable
dans une structure hospitalière surtout en réanimation pour aider la
renutrition des patients sur leur lit.
En tant que diététicienne avertie, pourquoi
n’attirez-vous l’attention des autorités sur la situation de manque de
diététiciens que connaissent nos hôpitaux ?
Jusqu’alors certains Etats ne pensent pas recruter des diététiciens. Je ne sais pas si c’est une négligence, mais j’ai espoir que cela viendra. Malheureusement, on fixe le regard sur la communauté et on oublie l’hôpital ou la clinique. C’est vrai, c’est bon d’aider pour les problèmes communautaires. Mais n’oublions pas aussi qu’en milieu hospitalier, les patients ont aussi besoin de suivi nutritionnel.
Franchement, c’est un cri de cœur que je lance aux
gouvernements, aux ministères en charge de la santé, d’y penser, de sauver les
structures hospitalières en Afrique. Sur quatre patients hospitalisés deux
souffrent de dénutrition hospitalière. La plupart meurt par faute de suivi
nutritionnel. Le traitement médicamenteux ne suffit pas il faut encore un suivi
nutritionnel.
Quand on dit diététique les gens pensent aux
régimes pour maigrir. Qu’en pensez-vous de cela ?
Tout le monde a besoin d’un régime spécifique
adapté à la pathologie, adapté à ses choix, adapté à ses préférences en
fonction des produits locaux, qu’il s’agisse de personnes bien portantes
(enfants, adultes, adolescents, personnes âgées, femmes enceintes, femmes
allaitantes) ou malades. Le plus important à retenir c’est de consommer local. Consommons
ce qu’on a, consommons bio pour éviter les maladies chroniques et vivre
longtemps.
Propos recueillis par Abel OZIH