Nous acceptons les paiements via santé éducation

Au nord du Togo, le PAM renforce la résilience alimentaire, des champs aux cantines scolaires

Au nord du Togo, le PAM renforce la résilience alimentaire, des champs aux cantines scolaires
Extrait de l'article: À travers l’alimentation scolaire intégrée basée sur la production locale et le programme d’assistance alimentaire pour la création d’actifs (FFA), le Programme alimentaire mondial (PAM) accompagne le gouvernement togolais dans ses efforts pour...

À travers l’alimentation scolaire intégrée basée sur la production locale et le programme d’assistance alimentaire pour la création d’actifs (FFA), le Programme alimentaire mondial (PAM) accompagne le gouvernement togolais dans ses efforts pour améliorer l’alimentation des élèves, soutenir les producteurs agricoles et renforcer la résilience des communautés vulnérables. Dans la région de la Kara, les réalisations observées illustrent une approche qui associe sécurité alimentaire, bonne nutrition développement local et préservation des ressources naturelles.

A Kassi, dans la région de la Kara, au nord du Togo, l’accès à l’eau constitue un levier essentiel pour le développement des activités maraîchères. Le long de la rivière qui traverse la localité, des dizaines de producteurs cultivent notamment la tomate, le gombo, le piment vert et l’adémè. Mais avant la construction de puits maraîchers, l’approvisionnement en eau représentait une contrainte majeure pour ces exploitants.

« Avant la construction des puits, nous utilisions l’eau de la rivière. Il fallait parcourir environ 300 mètres pour aller chercher de l’eau afin d’arroser nos champs. Déjà dès fin octobre, la rivière s’asséchait et nous manquions d’eau. Maintenant, grâce aux puits, nous avons de l’eau à proximité et à tout moment », témoigne Mazabalo Yobou, l’un des principaux maraîchers de Kassi.

Une bénéficiaire du programme FFA

Au total, 20 puits maraîchers ont été construits dans le village dans le cadre du programme « Food For Assets (FFA) », ou assistance alimentaire pour la création d’actifs. Mis en œuvre par le gouvernement togolais avec l’appui du Programme alimentaire mondial (PAM), grâce au soutien financier d’Australian Aid, ce programme vise à renforcer les moyens de subsistance des communautés vulnérables à travers la réalisation d’infrastructures et d’aménagements répondant à leurs besoins.

Des infrastructures au service de la production et des revenus

L’accès à l’eau facilite le développement des activités agricoles à Kassi. Essotom Potoh, producteur de tomates, de gombos, de piments et d’adémè depuis 2023, constate une évolution de son exploitation. La disponibilité de l’eau à proximité lui a permis d’agrandir les superficies cultivées et d’accroître ses récoltes, avec des retombées positives sur les revenus de sa famille.

Au-delà des puits maraîchers, le projet a également permis la réhabilitation de pistes rurales pour faciliter le transport des récoltes et l’accès aux marchés. Ces réalisations résultent d’une approche participative qui place les communautés au cœur de l’identification des besoins et du choix des actifs à mettre en place.

« Dans ce village, le premier impact du projet est social et le deuxième est économique. Sur le plan social, le site maraîcher regroupe des producteurs de quatre villages qui travaillent dans une forte cohésion. Sur le plan économique, on observe une amélioration des rendements et une augmentation des superficies cultivées », explique Manawa Charlotte Gnassibou, point focal du FFA à l’Agence nationale d’appui au développement à la base (ANADEB) dans la région de la Kara.

L’accompagnement porte également sur l’aménagement de nouvelles parcelles et la production de compost. Certains producteurs ont pu acquérir des motopompes grâce à l’évolution de leurs activités. À travers ces appuis, le programme entend consolider les capacités productives des bénéficiaires et favoriser une amélioration durable de leurs conditions de vie.

Coordonné par le ministère chargé du Développement à la base, à travers l’ANADEB, avec l’appui des ministères chargés de l’Agriculture et de l’Éducation nationale, le programme intervient dans plusieurs domaines complémentaires : restauration des terres, reboisement, ouvrages de collecte et d’irrigation de l’eau, pistes de désenclavement et foyers améliorés.

Restaurer les terres et préserver les ressources naturelles

Dans le canton de Défalé, la montagne de Lao fait face à la dégradation des terres et à l’assèchement de certaines sources d’eau. Pour contribuer à restaurer cet environnement, les populations ont commencé à mettre en terre des plants en juin 2024, avec l’appui du programme. Les travaux reposent sur l’aménagement des bassins versants, une approche destinée à ralentir le ruissellement des eaux de pluie, à favoriser leur infiltration dans les sols et à améliorer les conditions de développement de la végétation.

Des ouvrages de conservation des eaux et des sols sont réalisés sur les versants afin de limiter l’érosion. Dans les champs, des tranchées permettent de ralentir l’écoulement des eaux provenant des montagnes, de réduire les risques de dégradation des cultures et de favoriser la recharge des nappes souterraines.

Dans la région de la Kara, quatre grands sites montagneux bénéficient de ces interventions. Sur le site de Tchikawa, 19 000 plants ont été mis en terre, selon les informations recueillies auprès des acteurs du projet. Plus de 600 personnes auraient participé aux travaux, d’après Pitikabalo, président du comité villageois de développement.

Ces aménagements contribuent à créer des conditions plus favorables à la restauration des terres et à la poursuite des activités agricoles. Ils s’inscrivent dans une démarche de renforcement de la résilience des communautés face aux effets de la dégradation des sols et aux aléas climatiques.

Les foyers améliorés, un appui aux ménages

Le programme soutient également la fabrication de foyers améliorés à partir de matériaux locaux. Ces équipements visent à réduire la consommation de bois de chauffe et à faciliter les activités de cuisson au sein des ménages.

Awéki Symkpawé, une autre bénéficiaire du FFA 

À Kassi, Awéki Symkpawé utilise un foyer amélioré pour préparer du tchoukoutou, une boisson traditionnelle locale. Tchoro Malawé, également formée à la fabrication de ces équipements, envisage pour sa part de développer une activité génératrice de revenus.

« Nous avons appris à fabriquer ces foyers. Aujourd’hui, je peux aisément les fabriquer et aider aussi d’autres ménages qui sont dans le besoin », explique-t-elle.

Au-delà de leur fonction domestique, ces équipements offrent ainsi aux bénéficiaires une compétence qu’ils peuvent mobiliser pour répondre aux besoins de leur communauté et, potentiellement, développer une activité économique.

Le FFA prévoit par ailleurs de renforcer les capacités des bénéficiaires en matière de gestion et d’entretien des actifs réalisés, afin de favoriser leur utilisation durable.

Des cantines scolaires approvisionnées par la production locale

Le renforcement de la résilience alimentaire passe également par l’alimentation scolaire. Depuis 2020, le gouvernement togolais met en œuvre un programme national d’alimentation scolaire auquel contribue le PAM à travers l’approche d’alimentation scolaire intégrée basée sur la production locale, connue sous l’appellation anglaise « Home Grown School Feeding (HGSF) ».

Les élèves lavent les mains avant de prendre leurs nourritures

Cette approche vise à améliorer l’alimentation des élèves tout en créant des débouchés pour les producteurs agricoles locaux. Elle repose sur un dispositif qui associe repas scolaires, bonne nutrition production maraîchère, transformation alimentaire et approvisionnement des cantines par les organisations de producteurs.

« Un enfant qui vient à l’école doit se nourrir et pouvoir rester en bonne santé pour apprendre et avoir de meilleurs résultats », explique Gnandi Tabé, assistant programme du PAM à Kara.

Selon les données communiquées lors de la mission, le dispositif couvre 242 écoles et bénéficie à environ 77 824 écoliers dans les régions de la Kara et des Savanes. Il s’appuie également sur 242 unités de production maraîchère, 726 organisations de petits producteurs et 1 800 femmes de coopératives formées à la transformation alimentaire.

Le programme bénéficie du soutien de plusieurs partenaires, notamment l’Union européenne, la coopération allemande à travers la KfW, la coopération coréenne (KOICA) et la France.

Dans les écoles concernées, les jardins potagers produisent des légumes utilisés dans la préparation des repas. Les jardiniers sont formés à la fabrication du compost, avec l’appui de l’Institut de conseil et d’appui technique (ICAT), afin de favoriser des pratiques de production adaptées aux besoins des établissements.

Certaines écoles disposent aussi d’unités d’élevage de volailles et d’équipements de transformation, notamment des moulins à grains et à condiments. Ces installations permettent de faciliter la préparation des repas et, selon les modalités de fonctionnement des unités, de générer des ressources complémentaires pour les cantines.

Producteurs locaux : un maillon essentiel de l’alimentation scolaire

Le lien entre les cantines et les producteurs constitue un élément central du dispositif. Dans les localités concernées, des organisations de producteurs sont identifiées pour fournir notamment du maïs, du riz et du niébé.

En collaboration avec la FAO, les producteurs bénéficient d’un accompagnement technique ainsi que d’appuis en semences et en engrais. L’objectif est de renforcer la production locale et de contribuer à la disponibilité régulière des denrées destinées aux cantines.

Le mécanisme d’approvisionnement a également évolué. Selon les explications fournies par le PAM, les producteurs appuyés doivent désormais céder gratuitement 25 % de leur récolte à la cantine, tandis que le reste peut être vendu au prix du marché.

« Avec cet appui, nos productions ont augmenté. Moi, par exemple, la quantité de maïs que je vais récolter dépasse largement ce que j’ai produit l’an dernier sur la même superficie. L’engrais et les semences sont de très bonne qualité », témoigne Tchilabalo Binéwaï, président de la Zone d’aménagement agricole planifiée (ZAAP) de Kpinzindè.

Cette articulation entre production agricole et alimentation scolaire vise à soutenir les producteurs tout en contribuant à l’approvisionnement des établissements bénéficiaires. Elle favorise également le développement de circuits d’approvisionnement locaux, dans lesquels les communautés agricoles prennent part à la réponse aux besoins alimentaires des élèves.

À Houloun, des changements rapportés dans les établissements scolaires

À l’EPP Houloun, rattachée au dispositif en 2024-2025 grâce à l’appui de la coopération allemande à travers la KFW, les responsables de l’établissement rapportent une évolution de la fréquentation scolaire et des résultats aux examens.

Une maman cantine en train de préparer les plats des élèves

Selon le directeur, Nadjombé Kpante, 79 élèves avaient été présentés au CEPD avant l’arrivée de la cantine, parmi lesquels 29 avaient été déclarés admis. Lors de la session suivante évoquée par le responsable, 63 candidats ont été présentés et 47 ont réussi.

Au jardin d’enfants public de Houloun, la directrice, Heyou Essodessam Edwige, souligne également les changements observés dans le comportement des enfants en classe.

« Avant la cantine, les enfants étaient pressés de rentrer manger. Depuis que nous avons cette cantine, ils sont attentifs parce qu’ils mangent à l’heure et que le repas est équilibré et sain », confie-t-elle.

La cantine apporte aussi un soutien aux familles, notamment aux parents qui doivent concilier les travaux champêtres et la préparation des repas. En permettant aux enfants de prendre leur repas à l’école, le dispositif contribue à alléger certaines contraintes quotidiennes des ménages.

Ces témoignages illustrent les effets que les acteurs locaux associent à l’alimentation scolaire. Ils soulignent également l’importance de poursuivre le suivi des indicateurs de fréquentation, d’assiduité et de réussite pour mieux apprécier les résultats du programme dans la durée.

Une approche intégrée pour renforcer la résilience

À travers les programmes FFA et HGSF, le PAM accompagne le gouvernement togolais dans une démarche qui associe soutien à la production, préservation des ressources naturelles, amélioration de l’accès à l’alimentation et renforcement des capacités communautaires.

Un site de production de pépinières de plants à Tamdè Lao

Les puits maraîchers de Kassi, les travaux de restauration des terres, les pistes rurales, les foyers améliorés et les jardins potagers scolaires témoignent de la diversité des interventions engagées. Leur complémentarité ouvre des perspectives pour consolider les moyens de subsistance, favoriser la production locale et renforcer l’alimentation scolaire.

La poursuite et l’élargissement de ces initiatives reposent sur la mobilisation coordonnée des pouvoirs publics, des communautés, des organisations de producteurs et des partenaires techniques et financiers. Dans un contexte marqué par les vulnérabilités alimentaires et les défis climatiques, ces interventions constituent un cadre de collaboration pour soutenir des solutions ancrées dans les réalités locales et contribuer à la résilience des populations.

Pour le PAM et ses partenaires, l’enjeu est de consolider les acquis, d’accompagner les communautés dans la gestion des actifs réalisés et de poursuivre les efforts en faveur d’un système alimentaire plus résilient, au service des populations  du Togo.

Raymond DZAKPATA

Auteur
santé éducation
Rédacteur
Raymond DZAKPATA

À travers l’alimentation scolaire intégrée basée sur la production locale et le programme d’assistance alimentaire pour la création d’actifs (FFA), le Programme alimentaire mondial (PAM) accompagne le gouvernement togolais dans ses efforts pour...

VOUS POURRIEZ AUSSI AIMER