Au nord du Togo, le PAM renforce la résilience alimentaire, des champs aux cantines scolaires
- Posted on 23/10/2026 18:00
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- By raymonddzakpata@sante-education.tg
Extrait de l'article: À travers l’alimentation scolaire intégrée basée sur la production locale et le programme d’assistance alimentaire pour la création d’actifs (FFA), le Programme alimentaire mondial (PAM) accompagne le gouvernement togolais dans ses efforts pour...
À travers l’alimentation
scolaire intégrée basée sur la production locale et le programme d’assistance
alimentaire pour la création d’actifs (FFA), le Programme alimentaire mondial
(PAM) accompagne le gouvernement togolais dans ses efforts pour améliorer
l’alimentation des élèves, soutenir les producteurs agricoles et renforcer la
résilience des communautés vulnérables. Dans la région de la Kara, les
réalisations observées illustrent une approche qui associe sécurité
alimentaire, bonne nutrition développement local et préservation des ressources
naturelles.
A Kassi, dans la région de la Kara, au nord du Togo,
l’accès à l’eau constitue un levier essentiel pour le développement des
activités maraîchères. Le long de la rivière qui traverse la localité, des
dizaines de producteurs cultivent notamment la tomate, le gombo, le piment vert
et l’adémè. Mais avant la construction de puits maraîchers, l’approvisionnement
en eau représentait une contrainte majeure pour ces exploitants.
« Avant la construction des puits, nous utilisions l’eau de la rivière. Il fallait parcourir environ 300 mètres pour aller chercher de l’eau afin d’arroser nos champs. Déjà dès fin octobre, la rivière s’asséchait et nous manquions d’eau. Maintenant, grâce aux puits, nous avons de l’eau à proximité et à tout moment », témoigne Mazabalo Yobou, l’un des principaux maraîchers de Kassi.
Une bénéficiaire du programme FFA
Au total, 20 puits maraîchers ont été construits dans
le village dans le cadre du programme « Food For Assets (FFA) »,
ou assistance alimentaire pour la création d’actifs. Mis en œuvre par le
gouvernement togolais avec l’appui du Programme alimentaire mondial (PAM),
grâce au soutien financier d’Australian Aid, ce programme vise à renforcer les
moyens de subsistance des communautés vulnérables à travers la réalisation
d’infrastructures et d’aménagements répondant à leurs besoins.
Des
infrastructures au service de la production et des revenus
L’accès à l’eau facilite le développement des
activités agricoles à Kassi. Essotom Potoh, producteur de tomates, de gombos,
de piments et d’adémè depuis 2023, constate une évolution de son exploitation.
La disponibilité de l’eau à proximité lui a permis d’agrandir les superficies
cultivées et d’accroître ses récoltes, avec des retombées positives sur les
revenus de sa famille.
Au-delà des puits maraîchers, le projet a également
permis la réhabilitation de pistes rurales pour faciliter le transport des
récoltes et l’accès aux marchés. Ces réalisations résultent d’une approche
participative qui place les communautés au cœur de l’identification des besoins
et du choix des actifs à mettre en place.
« Dans ce
village, le premier impact du projet est social et le deuxième est économique.
Sur le plan social, le site maraîcher regroupe des producteurs de quatre
villages qui travaillent dans une forte cohésion. Sur le plan économique, on
observe une amélioration des rendements et une augmentation des superficies
cultivées », explique Manawa Charlotte Gnassibou, point focal du FFA à
l’Agence nationale d’appui au développement à la base (ANADEB) dans la région de
la Kara.
L’accompagnement porte également sur l’aménagement de
nouvelles parcelles et la production de compost. Certains producteurs ont pu
acquérir des motopompes grâce à l’évolution de leurs activités. À travers ces
appuis, le programme entend consolider les capacités productives des
bénéficiaires et favoriser une amélioration durable de leurs conditions de vie.
Coordonné par le ministère chargé du Développement à
la base, à travers l’ANADEB, avec l’appui des ministères chargés de
l’Agriculture et de l’Éducation nationale, le programme intervient dans
plusieurs domaines complémentaires : restauration des terres, reboisement,
ouvrages de collecte et d’irrigation de l’eau, pistes de désenclavement et
foyers améliorés.
Restaurer
les terres et préserver les ressources naturelles
Dans le canton de Défalé, la montagne de Lao fait face
à la dégradation des terres et à l’assèchement de certaines sources d’eau. Pour
contribuer à restaurer cet environnement, les populations ont commencé à mettre
en terre des plants en juin 2024, avec l’appui du programme. Les travaux
reposent sur l’aménagement des bassins versants, une approche destinée à
ralentir le ruissellement des eaux de pluie, à favoriser leur infiltration dans
les sols et à améliorer les conditions de développement de la végétation.
Des ouvrages de conservation des eaux et des sols sont
réalisés sur les versants afin de limiter l’érosion. Dans les champs, des
tranchées permettent de ralentir l’écoulement des eaux provenant des montagnes,
de réduire les risques de dégradation des cultures et de favoriser la recharge
des nappes souterraines.
Dans la région de la Kara, quatre grands sites
montagneux bénéficient de ces interventions. Sur le site de Tchikawa, 19 000
plants ont été mis en terre, selon les informations recueillies auprès des
acteurs du projet. Plus de 600 personnes auraient participé aux travaux,
d’après Pitikabalo, président du comité villageois de développement.
Ces aménagements contribuent à créer des conditions
plus favorables à la restauration des terres et à la poursuite des activités
agricoles. Ils s’inscrivent dans une démarche de renforcement de la résilience
des communautés face aux effets de la dégradation des sols et aux aléas
climatiques.
Les foyers
améliorés, un appui aux ménages
Le programme soutient également la fabrication de foyers améliorés à partir de matériaux locaux. Ces équipements visent à réduire la consommation de bois de chauffe et à faciliter les activités de cuisson au sein des ménages.
Awéki Symkpawé, une autre bénéficiaire du FFA
À Kassi, Awéki Symkpawé utilise un foyer amélioré pour
préparer du tchoukoutou, une boisson traditionnelle locale. Tchoro Malawé,
également formée à la fabrication de ces équipements, envisage pour sa part de
développer une activité génératrice de revenus.
« Nous avons
appris à fabriquer ces foyers. Aujourd’hui, je peux aisément les fabriquer et
aider aussi d’autres ménages qui sont dans le besoin », explique-t-elle.
Au-delà de leur fonction domestique, ces équipements
offrent ainsi aux bénéficiaires une compétence qu’ils peuvent mobiliser pour répondre
aux besoins de leur communauté et, potentiellement, développer une activité
économique.
Le FFA prévoit par ailleurs de renforcer les capacités
des bénéficiaires en matière de gestion et d’entretien des actifs réalisés,
afin de favoriser leur utilisation durable.
Des cantines
scolaires approvisionnées par la production locale
Le renforcement de la résilience alimentaire passe également par l’alimentation scolaire. Depuis 2020, le gouvernement togolais met en œuvre un programme national d’alimentation scolaire auquel contribue le PAM à travers l’approche d’alimentation scolaire intégrée basée sur la production locale, connue sous l’appellation anglaise « Home Grown School Feeding (HGSF) ».
Les élèves lavent les mains avant de prendre leurs nourritures
Cette approche vise à améliorer l’alimentation des
élèves tout en créant des débouchés pour les producteurs agricoles locaux. Elle
repose sur un dispositif qui associe repas scolaires, bonne nutrition
production maraîchère, transformation alimentaire et approvisionnement des
cantines par les organisations de producteurs.
« Un enfant qui
vient à l’école doit se nourrir et pouvoir rester en bonne santé pour apprendre
et avoir de meilleurs résultats », explique Gnandi Tabé, assistant
programme du PAM à Kara.
Selon les données communiquées lors de la mission, le
dispositif couvre 242 écoles et bénéficie à environ 77 824 écoliers dans les
régions de la Kara et des Savanes. Il s’appuie également sur 242 unités de
production maraîchère, 726 organisations de petits producteurs et 1 800 femmes
de coopératives formées à la transformation alimentaire.
Le programme bénéficie du soutien de plusieurs
partenaires, notamment l’Union européenne, la coopération allemande à travers
la KfW, la coopération coréenne (KOICA) et la France.
Dans les écoles concernées, les jardins potagers
produisent des légumes utilisés dans la préparation des repas. Les jardiniers
sont formés à la fabrication du compost, avec l’appui de l’Institut de conseil
et d’appui technique (ICAT), afin de favoriser des pratiques de production
adaptées aux besoins des établissements.
Certaines écoles disposent aussi d’unités d’élevage de
volailles et d’équipements de transformation, notamment des moulins à grains et
à condiments. Ces installations permettent de faciliter la préparation des
repas et, selon les modalités de fonctionnement des unités, de générer des
ressources complémentaires pour les cantines.
Producteurs
locaux : un maillon essentiel de l’alimentation scolaire
Le lien entre les cantines et les producteurs
constitue un élément central du dispositif. Dans les localités concernées, des
organisations de producteurs sont identifiées pour fournir notamment du maïs,
du riz et du niébé.
En collaboration avec la FAO, les producteurs
bénéficient d’un accompagnement technique ainsi que d’appuis en semences et en
engrais. L’objectif est de renforcer la production locale et de contribuer à la
disponibilité régulière des denrées destinées aux cantines.
Le mécanisme d’approvisionnement a également évolué.
Selon les explications fournies par le PAM, les producteurs appuyés doivent
désormais céder gratuitement 25 % de leur récolte à la cantine, tandis que le
reste peut être vendu au prix du marché.
« Avec cet
appui, nos productions ont augmenté. Moi, par exemple, la quantité de maïs que
je vais récolter dépasse largement ce que j’ai produit l’an dernier sur la même
superficie. L’engrais et les semences sont de très bonne qualité »,
témoigne Tchilabalo Binéwaï, président de la Zone d’aménagement agricole
planifiée (ZAAP) de Kpinzindè.
Cette articulation entre production agricole et
alimentation scolaire vise à soutenir les producteurs tout en contribuant à
l’approvisionnement des établissements bénéficiaires. Elle favorise également
le développement de circuits d’approvisionnement locaux, dans lesquels les communautés
agricoles prennent part à la réponse aux besoins alimentaires des élèves.
À Houloun,
des changements rapportés dans les établissements scolaires
À l’EPP Houloun, rattachée au dispositif en 2024-2025 grâce à l’appui de la coopération allemande à travers la KFW, les responsables de l’établissement rapportent une évolution de la fréquentation scolaire et des résultats aux examens.
Une maman cantine en train de préparer les plats des élèves
Selon le directeur, Nadjombé Kpante, 79 élèves avaient
été présentés au CEPD avant l’arrivée de la cantine, parmi lesquels 29 avaient
été déclarés admis. Lors de la session suivante évoquée par le responsable, 63
candidats ont été présentés et 47 ont réussi.
Au jardin d’enfants public de Houloun, la directrice,
Heyou Essodessam Edwige, souligne également les changements observés dans le
comportement des enfants en classe.
« Avant la
cantine, les enfants étaient pressés de rentrer manger. Depuis que nous avons
cette cantine, ils sont attentifs parce qu’ils mangent à l’heure et que le
repas est équilibré et sain », confie-t-elle.
La cantine apporte aussi un soutien aux familles,
notamment aux parents qui doivent concilier les travaux champêtres et la
préparation des repas. En permettant aux enfants de prendre leur repas à
l’école, le dispositif contribue à alléger certaines contraintes quotidiennes
des ménages.
Ces témoignages illustrent les effets que les acteurs
locaux associent à l’alimentation scolaire. Ils soulignent également
l’importance de poursuivre le suivi des indicateurs de fréquentation,
d’assiduité et de réussite pour mieux apprécier les résultats du programme dans
la durée.
Une approche
intégrée pour renforcer la résilience
À travers les programmes FFA et HGSF, le PAM accompagne le gouvernement togolais dans une démarche qui associe soutien à la production, préservation des ressources naturelles, amélioration de l’accès à l’alimentation et renforcement des capacités communautaires.
Un site de production de pépinières de plants à Tamdè Lao
Les puits maraîchers de Kassi, les travaux de
restauration des terres, les pistes rurales, les foyers améliorés et les
jardins potagers scolaires témoignent de la diversité des interventions
engagées. Leur complémentarité ouvre des perspectives pour consolider les
moyens de subsistance, favoriser la production locale et renforcer
l’alimentation scolaire.
La poursuite et l’élargissement de ces initiatives
reposent sur la mobilisation coordonnée des pouvoirs publics, des communautés,
des organisations de producteurs et des partenaires techniques et financiers.
Dans un contexte marqué par les vulnérabilités alimentaires et les défis
climatiques, ces interventions constituent un cadre de collaboration pour
soutenir des solutions ancrées dans les réalités locales et contribuer à la
résilience des populations.
Pour le PAM et ses partenaires, l’enjeu est de
consolider les acquis, d’accompagner les communautés dans la gestion des actifs
réalisés et de poursuivre les efforts en faveur d’un système alimentaire plus
résilient, au service des populations du
Togo.
Raymond
DZAKPATA