Dogbéavou et Gbadago : caniveaux poubelles
- Posted on 16/07/2021 00:00
- Film
- By stephaneogou@gmail.com
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Bordant les routes les plus
passantes en général à l’intérieur des quartiers, les égouts et les
canalisations, à la base, destinés à l’évacuation des eaux pluviales ou de
ruissellement, uniquement, sont transformés en dépotoirs. Ils sont obstrués par
les immondices et les déchets plastiques et solides. En saison pluvieuse, ce
sont d’énormes quantités de détritus charriées par l’écoulement des eaux de
pluie, qui se retrouvent sur la chaussée et le trottoir. Causant ainsi,
d’énormes désagréments aux usagers. Cette situation est réelle dans la commune
Golfe 4, en particulier les quartiers Dogbéavou et Gbadago. Quel est l’impact
de ce phénomène sur la santé des populations ?
Tout plan d’urbanisation prévoit
en amont des canaux d’évacuation qui sont censés conduire les eaux de pluies et
autres eaux usées. Cela, dans l’optique d’assainir l’environnement et éviter
les éventuels débordements d’eau. Dans les quartiers Dogbéavou et Gbadago, les
caniveaux sont érigés en dépotoirs sauvages.
Au rang de ces déchets solides
qui constituent un élément encombrant pour la qualité de vie, il existe des
ordures ménagères, sachets de pure water, les balayures, eaux usées, les et
papiers, bouteilles, emballages métalliques, plastiques et autres résidus de
ménages, certains déchets de construction, qui bourrent les caniveaux.
Certaines personnes poussent même l’outrecuidance très haut en déversant,
nuitamment, les contenus de leurs WC dans les caniveaux.
A en croire l’enquête QUIBB 2011,
47,2% des ménages togolais jettent les ordures dans la nature et dans les
caniveaux contribuant ainsi à leur obstruction et aux inondations en cas de
fortes pluies. Ils ne sont que 4,5% et 18,2% à recourir respectivement au
dépotoir autorisé et à l’enlèvement de porte en porte des ordures ménagères.
Atmosphère
immonde
C’est la triste réalité à
Dogbéavou et Gbadago, quartiers où règnent l’insalubrité et l’odeur nauséabonde
des eaux qui stagnent dans les caniveaux. Le quartier Gbadago est traversé par
un grand caniveau à ciel ouvert. Ce
caniveau traverse tout le quartier et doit constituer un lieu de transit des
eaux usées et des eaux de pluie des autres quartiers avoisinants, notamment
Ramco, Tokoin Habitat, Tokoin Hôpital.
Fogan, un riverain dans le
quartier Dogbéavou témoigne. «A la maison
chez moi en face c’est le caniveau, très sale, avec des moisissures. Difficile
de se coucher dehors dans la journée même dans les chambres. En plein jour ou
pendant la nuit, des riverains viennent par moments déféquer et jeter des
ordures et des eaux usées dans les caniveaux. Après la pluie, il devient
difficile de respirer puisque l’eau pluviale se stagne pour plusieurs semaines
», s’est-il plaint.
Kofi, la quarantaine, un
Zémidjan, conducteur de moto avoue : «
moi j’ai habité dans ce quartier Dogbéavou pendant 2 mois. J’ai déménagé. C’est
très sale ».
M. Tanko, père de famille, très préoccupé par l’assainissement du quartier Dogbéavou explique la situation qui prévaut : « Nos caniveaux sont souvent chargés parce que certaines personnes y jettent clandestinement leurs déchets et y font même leurs besoins. Des jeunes s’engagent parfois pour veiller à l’assainissement de ce quartier et à la sensibilisation des populations. Mais hélas, les riverains sont têtus. Ils continuent de jeter les ordures et eaux usées dans les caniveaux. Nos enfants y tombent dès fois. En cas de pluie, c’est difficile, on souffre vraiment. La stagnation des eaux, accroit les mauvaises odeurs permanentes dans le quartier et la prolifération des mouches et moustiques».

Pourquoi les
riverains jettent les ordures dans les caniveaux ?
Gbadago et Dogbéavou constitués
de vieilles maisons sont habités par des populations très pauvres. Elles ne
bénéficient pas des services publics de la municipalité. Les habitants n’ont
pas de revenus leur permettant de payer les redevances mensuelles demandées par
les associations de pré-collecte.
Alors pour se débarrasser des
déchets, les populations ont trouvé un moyen simple et à leur convenance. Ils jettent directement dans les caniveaux
sans outre mesure les déchets solides produits dans les maisons. Certains
matins très tôt, des poubelles entières sont déversées dans les caniveaux par
les riverains. Il y a le manque d’espace dans certaines maisons et l’absence de
latrines. Ces ménages sont confrontés à la mauvaise gestion des déchets. Des
déchets qui trainent partout dans le quartier.
Plusieurs affirment qu’ils
continuent de déverser leurs poubelles dans le caniveau. Faut-il évoquer le
manque de poubelles installées à travers le quartier? De l’avis d’autres
habitants du quartier Gbadago, cela est lié à l’incivisme des populations.
Folly, jeune mécanicien de son
état rencontré vers le marché Gbossimé, ayant une fois participé au curage des
caniveaux estime que c’est une question de mentalité. « Des travaux de curage de caniveau ont été menés dans ce quartier.
Mais on constate que les gens sont très méchants. Un caniveau que tu rends
propre aujourd’hui, demain tu viens trouver des ordures dedans. Je pense que
c’est une question de civisme et de mentalité », affirme -t-il.
Quels
risques pour les populations ?
Selon l’OMS, les facteurs de
risque environnementaux, tels que la pollution de l’air, de l’eau et des sols,
l’exposition aux substances chimiques contribuent à la survenue de plus de 100
maladies ou traumatismes.
Par ailleurs, les accidents
vasculaires cérébraux, les cardiopathies, les cancers, des maladies
infectieuses, telles que les maladies diarrhéiques et les affections
respiratoires chroniques entrainent des décès liés à des causes environnementales.
Les déchets dans les caniveaux dégradent le cadre de vie, impactent le paysage
et ont des conséquences néfastes sur l’environnement et la santé. Impossible de
respirer de l’air pur. Des milliers de mouches pullulent à longueur de journée,
rendant la vie difficile aux riverains.
« A côté des
risques d’inondation que cela peut entrainer, ces dépotoirs deviennent des nids
de moustiques, des gites de larves pouvant occasionner des maladies hydriques
dont le paludisme, les maladies diarrhéiques, la fièvre typhoïde et les
irritations de la peau», raconte M. Yéma, Riverain à Gbadago.
« Vous allez
voir durant certaines nuits, des bonnes dames qui viennent jeter des eaux
usées, des ordures ménagères dans les égouts.
Ces déchets produisent la prolifération des insectes et des rongeurs qui
sont des grands vecteurs de maladies», se lamente Mme Ayoko, gérante
d’une boutique.
M. Firmin, un conducteur de taxi,
la trentaine qui s’exclame: « les ordures
nous font suffoquer. On respire difficilement. Des fois même tu as envie de
vomir. »
A Gbadago, une femme a fait
savoir: « Gare à vous si vous êtes proche
de ces caniveaux ou dans lesquels divers déchets se croisent. La seule vue
suffit à contracter des maux de ventre. En plus de supporter les odeurs
nauséabondes et les risques de maladies, vous supporterez la persécution des
voisins, si vous osez vous plaindre de ces mauvais agissements ».
Les populations sont-elles
vraiment conscientes des impacts de ces caniveaux puants sur leur santé ? «On
dirait que les populations de Gbadago s’en foutent. Ils sont habitués. Vivre
dans cette puanteur et insalubrité au jour le jour. Franchement c’est
pitoyable», se lamente Armand, très déçu.
Les caniveaux convergent vers le système lagunaire. Lorsque les populations jettent dans les caniveaux, elles sont drainées vers le système lagunaire. Des gestes qui créent une entorse aux efforts d’assainissement mis en œuvre par les services publics.

Responsabilité
citoyenne
L’entretien des caniveaux relève
de la responsabilité des premiers bénéficiaires. L’assainissement des cadres de
vie nécessite une responsabilité au niveau de chaque citoyen. La vigilance
citoyenne doit donc être de mise. Pendant les saisons de pluies, les caniveaux
sont très sales. Les populations s’engagent à faire le désherbage et le
nettoyage des caniveaux. « En tant que
riverains, nous apprécions ce travail et encourageons ceux qui s’y mettent aux
côtés des responsables du quartier. Si les caniveaux sont curés, nous qui
habitons à proximité nous veillons à ce qu’ils ne soient plus bouchés. Mais
hélas c’est peine perdue. Ils sont de nouveaux bouchés. A quoi servent alors
ces actions?», a affirmé un habitant de Gbadago
En effet, moins les caniveaux
sont entretenus, plus les populations ont tendance à les transformer en
poubelle publique. Il est temps que chacun prenne ses responsabilités, en
tentant de faire de son cadre de vie immédiat un endroit propre où il fait bon
vivre. Les populations elles-mêmes sont conviées à changer de comportement.
Les
autorités interpellées
La résolution de cet enjeu
environnemental émane-t-il du ressort des communes ou des Comités de
Développement de Quartier (CDQ) ? Le problème de la saleté du quartier de
Dogbéavou et de Gbadago doit être l’une des premières préoccupations et
priorités des autorités. « C’est une responsabilité qui relève de la
compétence de l’Etat au-delà même des compétences des communes, il faut
construire des caniveaux, il faut aménager les voies, il faut prévoir une
collecte des déchets. Il faut mettre en place des services d’assainissement. Ce
n’est qu’après la mise en place de ces services que les communes en
collaboration avec les Comités de Développement de Quartier (CDQ) peuvent être
chargées d’assurer la gestion. Il va
falloir également accompagner progressivement les ménages a disposé des
sanitaires en réduisant la défécation a l’air libre. », conseille un
expert.
La mairie doit s’employer à curer
les caniveaux chaque année avant ou pendant la saison pluvieuse. Elle doit multiplier également les stratégies
en y ajoutant la sensibilisation. Il faut donc approcher les riverains, les
sensibiliser, même s’ils sont sensés le savoir.
Une volonté politique basée sur
des actions concrètes, ponctuée d’une prise de conscience de chaque citoyen
peuvent mettre un terme à cette atmosphère malsaine qui n’a que trop duré dans
ces deux quartiers en plein milieu de la ville de Lomé.
Abel OZIH