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Dogbéavou et Gbadago : caniveaux poubelles

Dogbéavou et Gbadago : caniveaux poubelles
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Bordant les routes les plus passantes en général à l’intérieur des quartiers, les égouts et les canalisations, à la base, destinés à l’évacuation des eaux pluviales ou de ruissellement, uniquement, sont transformés en dépotoirs. Ils sont obstrués par les immondices et les déchets plastiques et solides. En saison pluvieuse, ce sont d’énormes quantités de détritus charriées par l’écoulement des eaux de pluie, qui se retrouvent sur la chaussée et le trottoir. Causant ainsi, d’énormes désagréments aux usagers. Cette situation est réelle dans la commune Golfe 4, en particulier les quartiers Dogbéavou et Gbadago. Quel est l’impact de ce phénomène sur la santé des populations ?

 

Tout plan d’urbanisation prévoit en amont des canaux d’évacuation qui sont censés conduire les eaux de pluies et autres eaux usées. Cela, dans l’optique d’assainir l’environnement et éviter les éventuels débordements d’eau. Dans les quartiers Dogbéavou et Gbadago, les caniveaux sont érigés en dépotoirs sauvages.

Au rang de ces déchets solides qui constituent un élément encombrant pour la qualité de vie, il existe des ordures ménagères, sachets de pure water, les balayures, eaux usées, les et papiers, bouteilles, emballages métalliques, plastiques et autres résidus de ménages, certains déchets de construction, qui bourrent les caniveaux. Certaines personnes poussent même l’outrecuidance très haut en déversant, nuitamment, les contenus de leurs WC dans les caniveaux.

A en croire l’enquête QUIBB 2011, 47,2% des ménages togolais jettent les ordures dans la nature et dans les caniveaux contribuant ainsi à leur obstruction et aux inondations en cas de fortes pluies. Ils ne sont que 4,5% et 18,2% à recourir respectivement au dépotoir autorisé et à l’enlèvement de porte en porte des ordures ménagères.

Atmosphère immonde

C’est la triste réalité à Dogbéavou et Gbadago, quartiers où règnent l’insalubrité et l’odeur nauséabonde des eaux qui stagnent dans les caniveaux. Le quartier Gbadago est traversé par un grand caniveau à ciel ouvert.  Ce caniveau traverse tout le quartier et doit constituer un lieu de transit des eaux usées et des eaux de pluie des autres quartiers avoisinants, notamment Ramco, Tokoin Habitat, Tokoin Hôpital.

Fogan, un riverain dans le quartier Dogbéavou témoigne. «A la maison chez moi en face c’est le caniveau, très sale, avec des moisissures. Difficile de se coucher dehors dans la journée même dans les chambres. En plein jour ou pendant la nuit, des riverains viennent par moments déféquer et jeter des ordures et des eaux usées dans les caniveaux. Après la pluie, il devient difficile de respirer puisque l’eau pluviale se stagne pour plusieurs semaines », s’est-il plaint.

Kofi, la quarantaine, un Zémidjan, conducteur de moto avoue : « moi j’ai habité dans ce quartier Dogbéavou pendant 2 mois. J’ai déménagé. C’est très sale »

M. Tanko, père de famille, très préoccupé par l’assainissement du quartier Dogbéavou explique la situation qui prévaut : « Nos caniveaux sont souvent chargés parce que certaines personnes y jettent clandestinement leurs déchets et y font même leurs besoins. Des jeunes s’engagent parfois pour veiller à l’assainissement de ce quartier et à la sensibilisation des populations. Mais hélas, les riverains sont têtus. Ils continuent de jeter les ordures et eaux usées dans les caniveaux. Nos enfants y tombent dès fois. En cas de pluie, c’est difficile, on souffre vraiment.  La stagnation des eaux, accroit les mauvaises odeurs permanentes dans le quartier et la prolifération des mouches et moustiques».


Pourquoi les riverains jettent les ordures dans les caniveaux ?

Gbadago et Dogbéavou constitués de vieilles maisons sont habités par des populations très pauvres. Elles ne bénéficient pas des services publics de la municipalité. Les habitants n’ont pas de revenus leur permettant de payer les redevances mensuelles demandées par les associations de pré-collecte.

Alors pour se débarrasser des déchets, les populations ont trouvé un moyen simple et à leur convenance.  Ils jettent directement dans les caniveaux sans outre mesure les déchets solides produits dans les maisons. Certains matins très tôt, des poubelles entières sont déversées dans les caniveaux par les riverains. Il y a le manque d’espace dans certaines maisons et l’absence de latrines. Ces ménages sont confrontés à la mauvaise gestion des déchets. Des déchets qui trainent partout dans le quartier.

Plusieurs affirment qu’ils continuent de déverser leurs poubelles dans le caniveau. Faut-il évoquer le manque de poubelles installées à travers le quartier? De l’avis d’autres habitants du quartier Gbadago, cela est lié à l’incivisme des populations. 

Folly, jeune mécanicien de son état rencontré vers le marché Gbossimé, ayant une fois participé au curage des caniveaux estime que c’est une question de mentalité. « Des travaux de curage de caniveau ont été menés dans ce quartier. Mais on constate que les gens sont très méchants. Un caniveau que tu rends propre aujourd’hui, demain tu viens trouver des ordures dedans. Je pense que c’est une question de civisme et de mentalité », affirme -t-il.

Quels risques pour les populations ?

Selon l’OMS, les facteurs de risque environnementaux, tels que la pollution de l’air, de l’eau et des sols, l’exposition aux substances chimiques contribuent à la survenue de plus de 100 maladies ou traumatismes.

Par ailleurs, les accidents vasculaires cérébraux, les cardiopathies, les cancers, des maladies infectieuses, telles que les maladies diarrhéiques et les affections respiratoires chroniques entrainent des décès liés à des causes environnementales. Les déchets dans les caniveaux dégradent le cadre de vie, impactent le paysage et ont des conséquences néfastes sur l’environnement et la santé. Impossible de respirer de l’air pur. Des milliers de mouches pullulent à longueur de journée, rendant la vie difficile aux riverains. 

« A côté des risques d’inondation que cela peut entrainer, ces dépotoirs deviennent des nids de moustiques, des gites de larves pouvant occasionner des maladies hydriques dont le paludisme, les maladies diarrhéiques, la fièvre typhoïde et les irritations de la peau», raconte M. Yéma, Riverain à Gbadago.

« Vous allez voir durant certaines nuits, des bonnes dames qui viennent jeter des eaux usées, des ordures ménagères dans les égouts.  Ces déchets produisent la prolifération des insectes et des rongeurs qui sont des grands vecteurs de maladies», se lamente Mme Ayoko, gérante d’une boutique.

M. Firmin, un conducteur de taxi, la trentaine qui s’exclame: « les ordures nous font suffoquer. On respire difficilement. Des fois même tu as envie de vomir. »

A Gbadago, une femme a fait savoir: « Gare à vous si vous êtes proche de ces caniveaux ou dans lesquels divers déchets se croisent. La seule vue suffit à contracter des maux de ventre. En plus de supporter les odeurs nauséabondes et les risques de maladies, vous supporterez la persécution des voisins, si vous osez vous plaindre de ces mauvais agissements ».

Les populations sont-elles vraiment conscientes des impacts de ces caniveaux puants sur leur santé ?  «On dirait que les populations de Gbadago s’en foutent. Ils sont habitués. Vivre dans cette puanteur et insalubrité au jour le jour. Franchement c’est pitoyable», se lamente Armand, très déçu.

Les caniveaux convergent vers le système lagunaire. Lorsque les populations jettent dans les caniveaux, elles sont drainées vers le système lagunaire. Des gestes qui créent une entorse aux efforts d’assainissement mis en œuvre par les services publics. 

 

Responsabilité citoyenne

L’entretien des caniveaux relève de la responsabilité des premiers bénéficiaires. L’assainissement des cadres de vie nécessite une responsabilité au niveau de chaque citoyen. La vigilance citoyenne doit donc être de mise. Pendant les saisons de pluies, les caniveaux sont très sales. Les populations s’engagent à faire le désherbage et le nettoyage des caniveaux. « En tant que riverains, nous apprécions ce travail et encourageons ceux qui s’y mettent aux côtés des responsables du quartier. Si les caniveaux sont curés, nous qui habitons à proximité nous veillons à ce qu’ils ne soient plus bouchés. Mais hélas c’est peine perdue. Ils sont de nouveaux bouchés. A quoi servent alors ces actions?», a affirmé un habitant de Gbadago

En effet, moins les caniveaux sont entretenus, plus les populations ont tendance à les transformer en poubelle publique. Il est temps que chacun prenne ses responsabilités, en tentant de faire de son cadre de vie immédiat un endroit propre où il fait bon vivre. Les populations elles-mêmes sont conviées à changer de comportement.

Les autorités interpellées

La résolution de cet enjeu environnemental émane-t-il du ressort des communes ou des Comités de Développement de Quartier (CDQ) ? Le problème de la saleté du quartier de Dogbéavou et de Gbadago doit être l’une des premières préoccupations et priorités des autorités.  « C’est une responsabilité qui relève de la compétence de l’Etat au-delà même des compétences des communes, il faut construire des caniveaux, il faut aménager les voies, il faut prévoir une collecte des déchets. Il faut mettre en place des services d’assainissement. Ce n’est qu’après la mise en place de ces services que les communes en collaboration avec les Comités de Développement de Quartier (CDQ) peuvent être chargées d’assurer la gestion.  Il va falloir également accompagner progressivement les ménages a disposé des sanitaires en réduisant la défécation a l’air libre. », conseille un expert.

La mairie doit s’employer à curer les caniveaux chaque année avant ou pendant la saison pluvieuse.  Elle doit multiplier également les stratégies en y ajoutant la sensibilisation. Il faut donc approcher les riverains, les sensibiliser, même s’ils sont sensés le savoir. 

Une volonté politique basée sur des actions concrètes, ponctuée d’une prise de conscience de chaque citoyen peuvent mettre un terme à cette atmosphère malsaine qui n’a que trop duré dans ces deux quartiers en plein milieu de la ville de Lomé.

 

Abel OZIH

Auteur
santé éducation
Rédacteur

Bordant les routes les plus passantes en général à l’intérieur des quartiers, les égouts et les canalisations, à la base, destinés à l’évacuation des eaux pluviales ou de ruissellement, uniquement,...

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