Dépigmentation : risque de cancer de la peau
- Posted on 15/05/2026 11:21
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- By abelozih@sante-education.tg
Extrait de l'article: Pratique largement répandue en Afrique, la dépigmentation volontaire de la peau, communément appelée « blanchiment », constitue un véritable problème de santé publique. Motivée par des considérations esthétiques et socioculturelles, elle expose pourt
Pratique
largement répandue en Afrique, la dépigmentation volontaire de la peau,
communément appelée « blanchiment », constitue un véritable problème de santé
publique. Motivée par des considérations esthétiques et socioculturelles, elle
expose pourtant des millions de personnes à des risques graves, dont le cancer
de la peau.
Selon
des données relayées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), en Afrique
sub-saharienne, 25 à 96% des femmes utilisent les produits de
dépigmentation volontaire, avec des taux encore plus élevés dans certains pays
comme le Nigéria (77 %). Au Togo l’une des études scientifiques les plus
connues, publiée en 1998 dans la revue Médecine d’Afrique Noire, a porté sur
910 femmes âgées de 15 à 56 ans à Lomé. Elle a révélé que 536 femmes, soit 58,9
%, utilisaient des produits dépigmentants. Ces produits agissent en réduisant
la production de mélanine, pigment naturel qui protège la peau contre les
rayons ultraviolets.
Des produits dangereux pour la santé
Les
substances les plus utilisées dans les produits dépigmentants sont
l’hydroquinone, les corticoïdes et les dérivés mercuriels. Bien qu’efficaces
pour éclaircir la peau, ces composants sont associés à de nombreux effets
secondaires.
Parmi
les conséquences les plus fréquentes, on observe l’amincissement de la peau,
les infections cutanées, les vergetures irréversibles, les troubles hormonaux
et métaboliques. Parmi les femmes utilisatrices à Lomé, 69,2 % présentaient des
effets secondaires dermatologiques : acné sévère, vergetures, infections
cutanées, taches noires et retard de cicatrisation. L’utilisation prolongée
peut également entraîner une destruction des mélanocytes, cellules responsables
de la pigmentation.
Dépigmentation et cancer de la peau
La
mélanine joue un rôle indispensable de barrière naturelle contre les rayons UV.
Sa diminution rend la peau beaucoup plus vulnérable aux agressions extérieures.
Plusieurs
études et observations cliniques en Afrique montrent que la dépigmentation
augmente significativement le risque de cancer cutané et favorise l’apparition
de carcinomes, notamment épidermoïdes.
Chez
les peaux noires, 38% des cancers de la peau ont été favorisés par la
dépigmentation artificielle. Cette dernière ayant occasionné une destruction
des défenses immunitaires expose doublement la peau aux attaques climatiques et
au développement des cellules cancéreuses. D’après l’Association internationale
d’information sur la dépigmentation artificielle (AIIDA), sept types de
carcinomes épidermoïdes ont déjà été identifiées comme résultant de la
dépigmentation artificielle par utilisation de l’hydroquinone et des
corticoïdes.
En
fragilisant la peau, ces produits facilitent aussi les lésions chroniques, qui
peuvent évoluer vers des formes cancéreuses.
Conséquences psychologiques et sociales
Au-delà
des effets physiques, la dépigmentation peut entraîner une dépendance aux
produits, une altération de l’image de soi, des troubles psychologiques, voire
une dépression. Ce phénomène s’inscrit dans un contexte de pression sociale
valorisant les peaux claires.
Un enjeu urgent de santé publique
Face
à l’augmentation des cas de complications, les experts appellent à renforcer la
sensibilisation des populations, mieux réglementer les produits cosmétiques. Il
faut encourager l’acceptation de la diversité des teints
La
dépigmentation, loin d’être un simple choix esthétique, constitue un facteur de
risque évitable de cancer de la peau en Afrique. Informer et prévenir restent
les meilleures armes pour protéger la santé des populations.
Raymond DZAKPATA (Source : « Association
Internationale d’Information sur la Dépigmentation Artificielle (AIIDA) »