Souffrance au travail : quand le mal-être devient un signal d’alerte
- Posted on 08/05/2026 19:02
- Film
- By abelozih@sante-education.tg
Extrait de l'article: Le travail est une source d’épanouissement, un lieu où l’on peut se réaliser pleinement. Pourtant, derrière cette vision « idéalisée », une autre réalité s’impose : pression des objectifs, intensification des rythmes, perte de sens ; la souffrance au
Le
travail est une source d’épanouissement, un lieu où l’on peut se réaliser
pleinement. Pourtant, derrière cette vision « idéalisée », une autre
réalité s’impose : pression des objectifs, intensification des rythmes,
perte de sens ; la souffrance au travail s’impose comme un enjeu majeur de
santé publique.
« Pour beaucoup, le travail est aussi une source
de souffrance. Ce n’est pas le travail en soi qui rend malade, mais
l’organisation du travail, les marges de manœuvre limitées et l’isolement. La
souffrance au travail ne relève pas d’une faiblesse individuelle, mais d’un
déséquilibre entre les exigences professionnelles et les ressources dont
dispose la personne. Lorsque
ce déséquilibre s’installe dans la durée, il peut avoir des conséquences
importantes sur la santé mentale et physique », fait savoir Dr Zinsou Selom Degboe, Psychologue
clinicien et psychothérapeute au Service de psychiatrie et de psychologie
médicale (SPPM) au CHU Campus à Lomé.
Selon l’Organisation
mondiale de la santé (OMS), 1 homme sur 10 et 1 femme sur 5 font face à une
détresse psychologique importante liée au travail. En Amérique du Nord et
Europe, de nombreuses études indiquent respectivement 30 % et 20 % des salariés
déclarent souffrir psychologiquement en milieu professionnel à type stress
élevé, souvent associé à absentéisme, un épuisement professionnel voire un trouble
dépressif. Au Togo, dans une étude réalisée dans la région de la Kara il
ressort que 2 fonctionnaires sur 5 sont en souffrance psychique,
majoritairement des professionnels du monde éducatif de sexe masculin.
Pour
Dr Zinsou Selom Degboe, la
souffrance au travail est rarement liée à un seul facteur : « elle résulte souvent d’une combinaison :
surcharge de travail, manque d’autonomie financière, conflits de valeurs,
management inadapté ou absence de reconnaissance. Quand le salarié n’a plus de
marges de manœuvre, la pression devient toxique ».
Beaucoup de salariés normalisent leur mal-être en se disant que « c’est comme ça », ou qu’ils doivent tenir », observe le psychologue clinicien/psychothérapeute. « Cette banalisation retarde la demande d’aide et aggrave les conséquences sur la santé », précise-t-il. C’est le cas de Dame Amandine, assistante de direction dans une agence de communication à Lomé, qui raconte son expérience : « Au début, je pensais juste que j’avais beaucoup de travail. Puis j’ai commencé à perdre l’appétit, à m’énerver pour rien et à faire des insomnies, ma tension artérielle montait ». Malgré des bilans de santé normaux, Amandine ressentait une fatigue persistante, des vertiges et des troubles du sommeil. Peu à peu, elle s’isolait, perdait confiance en elle et développait une peur irrationnelle de l’échec.

Les
transformations rapides du monde du travail, l’accélération des rythmes et la
porosité entre vie professionnelle et vie personnelle accentuent ces
vulnérabilités. « Le temps de
récupération est essentiel à l’équilibre psychique. Or il est de plus en plus
fragilisé », ajoute Dr Degboe.
À
terme, la souffrance non prise en charge peut entraîner « des troubles anxieux, des épisodes dépressifs, des atteintes
psychosomatiques ou un épuisement professionnel. Elle affecte aussi la
performance collective : absentéisme, turnover et désengagement pèsent sur les
organisations », évoque le psychologue
clinicien.
Manifestations
physiques
Selon Dr Zinsou
S. Degboe, la souffrance au travail se manifeste souvent par des
douleurs inexpliquées. « Une fatigue
persistante, malgré des examens médicaux normaux, peut être un premier signal.
Mais ce n’est pas tout. Transpiration excessive, vertiges, problèmes gastriques
(ballonnements, nausées, constipation), troubles de l’appétit (perte ou
augmentation excessive de la faim) et palpitations, une poussée hypertensive, peuvent
être des symptômes d’un environnement professionnel toxique », énumère-t-il.
Le sommeil, soutient Dr Alassane Gafar, médecin du travail, aussi, en prend un coup ;
des difficultés à s’endormir, des réveils nocturnes fréquents ou, au contraire,
un sommeil excessif. Autant
de signaux que l’organisme envoie pour alerter sur une souffrance latente.
La
santé mentale est touchée
La souffrance au travail est une perturbe l’équilibre psychologique.
« Se replier sur soi-même, éviter
les interactions sociales, voir tout en noir, que ce soit sa propre personne,
son avenir ou le monde en général, sont des signes courants. Cette vision
négative s’accompagne souvent d’un sentiment de culpabilité, d’une tristesse
prolongée ou disproportionnée, voire de crises de larmes inexpliquées »,
qui vire souvent en une dépression, mentionne Dr Degboe.
La peur est un autre indicateur important. « Certaines personnes ressentent une
angoisse permanente sans raison apparente, ou au contraire, une peur excessive
par rapport à une situation donnée. Quand la pensée et le comportement se
dérèglent, des oublis fréquents, des difficultés à prendre des décisions, ou
encore un sentiment de ne plus être maître de ses choix, sont autant de signaux
d’alerte », souligne Dr Alassane Gafar.
La souffrance
au travail impacte également la concentration et la mémoire. « Certains travailleurs développent une
forme d’hyper-investissement, persuadés que sans eux, tout s’effondrerait. Un
état qui, s’il perdure, peut mener à l’épuisement total », révèle Dr
Degboe.
Prévenir et accompagner
La
prévention passe par une action à plusieurs niveaux. Au plan individuel,
reconnaître sa souffrance et demander de l’aide constitue une étape clé. « Plutôt que de minimiser la souffrance au
travail, il faut consulter un psychologue, c’est une démarche de santé »,
insiste Dr Zinsou S. Degboe.
Pour ce faire, le psychologue invite toute entreprise à avoir son Psy de
l’entreprise pour s’occuper de la santé psychologique de son personnel. « C’est une avancée et un droit pour le
personnel à notre époque », martèle-t-il.
Du
côté des entreprises, propose Dr Gafar, la création d’espaces de dialogue, la
reconnaissance du travail accompli et une organisation plus respectueuse des
limites humaines sont des leviers essentiels. « La parole sur le travail doit pouvoir circuler sans crainte. C’est
souvent le premier pas vers des solutions durables », préconise-t-il.
Informer,
prévenir et accompagner : face à la souffrance au travail, la santé mentale
s’impose comme un enjeu central, au croisement du bien-être des salariés et de
la responsabilité des organisations.
William O. (Source: ATOP)