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Souffrance au travail : quand le mal-être devient un signal d’alerte

Souffrance au travail : quand le mal-être devient un signal d’alerte
Extrait de l'article: Le travail est une source d’épanouissement, un lieu où l’on peut se réaliser pleinement. Pourtant, derrière cette vision « idéalisée », une autre réalité s’impose : pression des objectifs, intensification des rythmes, perte de sens ; la souffrance au

Le travail est une source d’épanouissement, un lieu où l’on peut se réaliser pleinement. Pourtant, derrière cette vision « idéalisée », une autre réalité s’impose : pression des objectifs, intensification des rythmes, perte de sens ; la souffrance au travail s’impose comme un enjeu majeur de santé publique.

« Pour beaucoup, le travail est aussi une source de souffrance. Ce n’est pas le travail en soi qui rend malade, mais l’organisation du travail, les marges de manœuvre limitées et l’isolement. La souffrance au travail ne relève pas d’une faiblesse individuelle, mais d’un déséquilibre entre les exigences professionnelles et les ressources dont dispose la personne. Lorsque ce déséquilibre s’installe dans la durée, il peut avoir des conséquences importantes sur la santé mentale et physique », fait savoir Dr Zinsou Selom Degboe, Psychologue clinicien et psychothérapeute au Service de psychiatrie et de psychologie médicale (SPPM) au CHU Campus à Lomé.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 1 homme sur 10 et 1 femme sur 5 font face à une détresse psychologique importante liée au travail. En Amérique du Nord et Europe, de nombreuses études indiquent respectivement 30 % et 20 % des salariés déclarent souffrir psychologiquement en milieu professionnel à type stress élevé, souvent associé à absentéisme, un épuisement professionnel voire un trouble dépressif. Au Togo, dans une étude réalisée dans la région de la Kara il ressort que 2 fonctionnaires sur 5 sont en souffrance psychique, majoritairement des professionnels du monde éducatif de sexe masculin.

Pour Dr Zinsou Selom Degboe, la souffrance au travail est rarement liée à un seul facteur : « elle résulte souvent d’une combinaison : surcharge de travail, manque d’autonomie financière, conflits de valeurs, management inadapté ou absence de reconnaissance. Quand le salarié n’a plus de marges de manœuvre, la pression devient toxique ».

Beaucoup de salariés normalisent leur mal-être en se disant que « c’est comme ça », ou qu’ils doivent tenir », observe le psychologue clinicien/psychothérapeute. « Cette banalisation retarde la demande d’aide et aggrave les conséquences sur la santé », précise-t-il. C’est le cas de Dame Amandine, assistante de direction dans une agence de communication à Lomé, qui raconte son expérience : « Au début, je pensais juste que j’avais beaucoup de travail. Puis j’ai commencé à perdre l’appétit, à m’énerver pour rien et à faire des insomnies, ma tension artérielle montait ». Malgré des bilans de santé normaux, Amandine ressentait une fatigue persistante, des vertiges et des troubles du sommeil. Peu à peu, elle s’isolait, perdait confiance en elle et développait une peur irrationnelle de l’échec.


Les transformations rapides du monde du travail, l’accélération des rythmes et la porosité entre vie professionnelle et vie personnelle accentuent ces vulnérabilités. « Le temps de récupération est essentiel à l’équilibre psychique. Or il est de plus en plus fragilisé », ajoute Dr Degboe.

À terme, la souffrance non prise en charge peut entraîner « des troubles anxieux, des épisodes dépressifs, des atteintes psychosomatiques ou un épuisement professionnel. Elle affecte aussi la performance collective : absentéisme, turnover et désengagement pèsent sur les organisations », évoque le psychologue clinicien.

Manifestations physiques

Selon Dr Zinsou S. Degboe, la souffrance au travail se manifeste souvent par des douleurs inexpliquées. « Une fatigue persistante, malgré des examens médicaux normaux, peut être un premier signal. Mais ce n’est pas tout. Transpiration excessive, vertiges, problèmes gastriques (ballonnements, nausées, constipation), troubles de l’appétit (perte ou augmentation excessive de la faim) et palpitations, une poussée hypertensive, peuvent être des symptômes d’un environnement professionnel toxique », énumère-t-il.

Le sommeil, soutient Dr Alassane Gafar, médecin du travail, aussi, en prend un coup ; des difficultés à s’endormir, des réveils nocturnes fréquents ou, au contraire, un sommeil excessif. Autant de signaux que l’organisme envoie pour alerter sur une souffrance latente.

La santé mentale est touchée

La souffrance au travail est une perturbe l’équilibre psychologique. « Se replier sur soi-même, éviter les interactions sociales, voir tout en noir, que ce soit sa propre personne, son avenir ou le monde en général, sont des signes courants. Cette vision négative s’accompagne souvent d’un sentiment de culpabilité, d’une tristesse prolongée ou disproportionnée, voire de crises de larmes inexpliquées », qui vire souvent en une dépression, mentionne Dr Degboe.

La peur est un autre indicateur important. « Certaines personnes ressentent une angoisse permanente sans raison apparente, ou au contraire, une peur excessive par rapport à une situation donnée. Quand la pensée et le comportement se dérèglent, des oublis fréquents, des difficultés à prendre des décisions, ou encore un sentiment de ne plus être maître de ses choix, sont autant de signaux d’alerte », souligne Dr Alassane Gafar.

 La souffrance au travail impacte également la concentration et la mémoire. « Certains travailleurs développent une forme d’hyper-investissement, persuadés que sans eux, tout s’effondrerait. Un état qui, s’il perdure, peut mener à l’épuisement total », révèle Dr Degboe.

Prévenir et accompagner

La prévention passe par une action à plusieurs niveaux. Au plan individuel, reconnaître sa souffrance et demander de l’aide constitue une étape clé. « Plutôt que de minimiser la souffrance au travail, il faut consulter un psychologue, c’est une démarche de santé », insiste Dr Zinsou S. Degboe. Pour ce faire, le psychologue invite toute entreprise à avoir son Psy de l’entreprise pour s’occuper de la santé psychologique de son personnel. « C’est une avancée et un droit pour le personnel à notre époque », martèle-t-il.

Du côté des entreprises, propose Dr Gafar, la création d’espaces de dialogue, la reconnaissance du travail accompli et une organisation plus respectueuse des limites humaines sont des leviers essentiels. « La parole sur le travail doit pouvoir circuler sans crainte. C’est souvent le premier pas vers des solutions durables », préconise-t-il.

Informer, prévenir et accompagner : face à la souffrance au travail, la santé mentale s’impose comme un enjeu central, au croisement du bien-être des salariés et de la responsabilité des organisations.

William O. (Source: ATOP)

Auteur
santé éducation
Rédacteur
Abel OZIH

Le travail est une source d’épanouissement, un lieu où l’on peut se réaliser pleinement. Pourtant, derrière cette vision « idéalisée », une autre réalité s’impose : pression des objectifs, intensification des rythmes, perte de sens ; la souffrance au

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