RAPO 2025 à Lomé : accélérer le financement domestique pour sauver les acquis en santé reproductive
- Posted on 17/12/2025 09:41
- Film
- By raymonddzakpata@sante-education.tg
Extrait de l'article: La 14ᵉ Réunion Annuelle du Partenariat de Ouagadougou (RAPO 2025) s’est ouverte officiellement le 16 décembre 2025 à Lomé en présence des ministres, parlementaires, diplomates, partenaires techniques et financiers, représentants de la société civile.
La
14ᵉ Réunion Annuelle du Partenariat de Ouagadougou (RAPO 2025) s’est ouverte
officiellement le 16 décembre 2025 à Lomé en présence des ministres,
parlementaires, diplomates, partenaires techniques et financiers, représentants
de la société civile et jeunes leaders venus de neuf (9) pays d’Afrique de
l’Ouest. Cette année, le rendez-vous régional
dépasse le cadre d’une rencontre technique. Placée sous le thème « Accélérer le
financement domestique des DSSR : quelles stratégies pour un engagement durable
», la RAPO 2025 se présente comme un moment de vérité. Pendant trois jours, du
16 au 18 décembre 2025, Lomé devient l’épicentre des débats sur l’avenir de la
santé sexuelle et reproductive (SSR) en Afrique de l’Ouest, dans un contexte
mondial marqué par la raréfaction des financements extérieurs et la montée des
urgences multiples. Les travaux ont été lancés par le Ministre de la Santé, de
l’Hygiène Publique, de la Couverture Sanitaire Universelle et des Assurances,
Jean-Marie Tessi.
Vue partielle des participants lors de la cérémonie d'ouverture
Depuis
plus d’une décennie, le Partenariat de Ouagadougou a permis à des millions de
femmes d’accéder à des méthodes modernes de contraception, de renforcer les
systèmes de santé et de faire sortir la planification familiale de l’ombre. Mais
les acquis restent fragiles. « Accélérer le financement domestique n’est pas
un slogan. C’est un choix de souveraineté. », a fait entendre Marie Ba, Directrice
de l’Unité de Coordination du Partenariat de Ouagadougou (UCPO).
Elle
rappelle que les besoins en DSSR augmentent, portés par une démographie
dynamique et les aspirations légitimes des jeunes, alors même que les
ressources extérieures diminuent. « Face à cette réalité, une question
s’impose : subir ou transformer ? », a-t-elle interrogé.
Pour
la Directrice de l’UCPO, la réponse passe par des engagements budgétaires
clairs, une meilleure efficience des dépenses, l’intégration des DSSR dans la
couverture sanitaire universelle et une mobilisation élargie incluant
collectivités locales, secteur privé, société civile et jeunes. « L’engagement
politique ne vaut que s’il est traduit en ressources effectives, en services de
qualité et en résultats mesurables. », a-t-elle ajouté.
L’Afrique
est à un tournant. Les financements internationaux se contractent, les
priorités mondiales se déplacent, et la compétition pour les ressources
s’intensifie. Ce qui fonctionnait hier ne suffira plus demain. « Nous ne
pouvons plus dépendre durablement de la générosité extérieure pour garantir les
droits fondamentaux de nos populations. Si l’Afrique ne finance pas la santé de
ses enfants, personne ne le fera à sa place. », a déclaré Dr Michel
Sidibé, PDG de Michel Sidibé Advisory Services et ancien Ministre de la santé
au Mali.
Marie Ba, Directrice de l'Unité de Coordination du Partenariat de Ouagadougou
Le
leadership togolais en action
Lors
de son allocution, Jean-Marie Tessi, Ministre de la Santé, de l’Hygiène
Publique, de la Couverture Sanitaire Universelle et des Assurances, affirme la
position du Togo. « La planification familiale n’est pas un luxe, mais un
pilier du développement durable. » Le ministre détaille les réformes en
cours telles que l’intégration progressive de la planification familiale dans
les budgets nationaux, le renforcement des partenariats multisectoriels, l’intégration
des services de PF dans les soins de santé maternelle, néonatale et infantile,
et le renforcement des capacités des ressources humaines.
Jean-Marie Tessi, Ministre en charge de la santé au Togo
Mais,
il insiste que les efforts isolés ne suffisent pas. « Accélérer le
financement domestique, ce n’est pas seulement augmenter des budgets. C’est
affirmer notre souveraineté sanitaire. C'est investir dans des programmes et
projets destinés à nos mères, nos femmes, nos filles, nos familles, nos
communautés. », a insisté le ministre Tessi.
Dans
son allocution, Dr Michel Sidibé, PDG de Michel Sidibé Advisory Services et
ancien Ministre de la santé au Mali, a estimé que le Togo en accueillant cette
14e réunion ne se contente pas d’ouvrir ses portes, mais il fait un
choix. Un choix politique assumé.
Il
s’agit de la déclaration d’un pays qui affirme que la santé des femmes et des
filles n’est pas une question technique, mais une priorité stratégique et
politique.
Le
message porté par Mme Élise Kakam, Représentante Résidente de l’UNFPA au Togo,
confirme l’urgence du virage. Elle annonce sans détour une réalité qui
reconfigure le paysage : à partir de 2026, les donations externes de produits
de planification familiale vont diminuer progressivement, avec une baisse plus
marquée dès 2027 pour certains pays jugés économiquement capables de mobiliser
davantage de ressources internes.
Elise Kakam, Représentante Résidente de l'UNFPA au Togo
«
Notre défi n’est plus seulement de compter les nouvelles utilisatrices, mais de
garantir la pérennité de leur accès aux services. », a-t-elle
souligné.
L’UNFPA
met désormais l’accent sur la souveraineté financière, l’optimisation des
investissements domestiques et les mécanismes innovants comme le match-fund, où
chaque dollar national investi permet d’en mobiliser un autre.
Le
Togo est cité en exemple. En 2025, le pays a bénéficié de 326 000 dollars de
match-fund, fruit de son engagement budgétaire.
Femmes
et jeunes au cœur de la résilience
Au-delà
des chiffres et des mécanismes financiers, un fil rouge traverse l’ensemble des
interventions : les femmes et les jeunes.
Pour
Mme Ba, la femme africaine incarne la résilience. Mais cette résilience ne peut
plus être exploitée sans reconnaissance ni investissement. « Comment espérer
contribuer pleinement au développement lorsque nos droits reproductifs sont
relégués au second plan ? ».
Au
cœur des débats, la planification familiale change de statut. Longtemps perçue
comme une simple intervention sanitaire, elle est désormais présentée comme un
outil de souveraineté démographique et de développement économique.
Dr Michel Sidibé, PDG de Michel Sidibé Advisory Services
« La
planification familiale n’est pas une politique de restriction. C’est une
politique d’investissement humain. Choisir le moment et l’espacement des
naissances, c’est donner à chaque enfant une chance réelle de réussir. Pour les
États, c’est investir intelligemment dans l’éducation, la santé, l’emploi et la
stabilité sociale. », a martelé Dr Sidibé.
La
RAPO 2025 se veut ainsi un espace de vérité, de courage et d’engagement, où les
États sont appelés à faire des choix qui seront jugés par l’histoire.
De
l’élan à la souveraineté
A
Lomé, en ce mois de décembre 2025, et au sortir de ces trois jours de travaux, un
consensus doit émerger : l’avenir de la santé sexuelle et reproductive en
Afrique de l’Ouest ne se jouera pas uniquement dans les salles de négociation
internationales, mais dans les budgets nationaux, les collectivités locales,
les politiques publiques courageuses et l’appropriation citoyenne.
« Le
vrai pouvoir n’est pas dans la dépendance, mais dans la capacité de décider par
soi-même. », a insisté Dr Michel Sidibé.
La
RAPO 2025 s’ouvre donc sous le signe d’un basculement. Celui d’une région qui
ne veut plus seulement gérer l’urgence, mais bâtir une souveraineté sanitaire
durable, au service de la dignité, de l’égalité et de l’avenir de ses
populations.
Le
Partenariat de Ouagadougou
Le Partenariat de Ouagadougou (PO) a été lancé en février 2011 lors de la Conférence Régionale sur la Population, le Développement et la Planification Familiale tenue à Ouagadougou (Burkina Faso). Son principal objectif est d’accélérer les progrès en santé sexuelle et reproductive, en particulier la planification familiale, dans les pays francophones d’Afrique de l’Ouest, afin de réduire les besoins non satisfaits en méthodes contraceptives et d’augmenter l’accès aux services. Le PO se donne pour mission dès lors de : renforcer la coopération régionale entre les pays membres autour des DSSR et PF ; coordonner les efforts des gouvernements, de la société civile, des partenaires techniques et financiers (PTF) et des bailleurs pour maximiser l’impact des programmes de DSSR/PF ; soutenir l’élaboration, la mise en œuvre et le suivi des politiques nationales et régionales de PF en s’appuyant sur des données probantes.
Raymond DZAKPATA