VIH au Togo : 189 cas de discrimination recensés en 2025
- Posted on 09/03/2026 09:49
- Film
- By raymonddzakpata@sante-education.tg
Extrait de l'article: Le Réseau des associations de personnes vivant avec le VIH (RAS+) a rendu public son rapport annuel 2025 sur les droits humains et le VIH le 6 mars à Lomé. C'était en présence de la Coordinatrice résidente du système des Nations Unies au Togo, Coumba
Le Réseau des associations de personnes vivant avec le
VIH (RAS+) a rendu public son rapport annuel 2025 sur les droits humains et le
VIH le 6 mars à Lomé. C'était en présence de la Coordinatrice résidente du système des Nations Unies au
Togo, Coumba Sow, le Coordonnateur national du Secrétariat Permanent du
CNLS-IST, Prof Vincent Palokinam Pitché, des représentants du gouvernement, des
organisations de la société civile, des confessions religieuses ainsi que des
partenaires techniques et financiers.
La 11ᵉ édition de la Journée Zéro Discrimination, placée sous le thème « People First » (Les personnes d’abord), a été marquée par la publication du onzième rapport national consacré à la stigmatisation et aux discriminations liées au VIH.
Vue partielle des participants
Les
données présentées révèlent qu’au total 189 cas de violences, d’abus et de
discriminations liés au VIH ont été signalés au cours de l’année 2025.
La
région du Grand Lomé concentre la plus forte proportion de ces signalements,
avec près de 40 % des cas enregistrés, tandis que la région des Savanes affiche
le taux le plus faible, avec seulement 2 à 3 % des situations documentées.
L’analyse
des statistiques met également en lumière la vulnérabilité particulière des
femmes. Elles représentent près de trois quarts des victimes, soit 74 % des cas
recensés. Le phénomène n’épargne pas non plus les plus jeunes : des situations
impliquant des enfants âgés de 10 à 14 ans ont été signalées, preuve que la
stigmatisation touche toutes les catégories sociales.
Au-delà
du travail de documentation, le réseau joue aussi un rôle d’accompagnement. Ses
bénévoles interviennent régulièrement auprès des autorités traditionnelles, des
leaders religieux, des forces de sécurité et des instances judiciaires afin
d’aider les victimes à faire valoir leurs droits et à obtenir réparation.
Des
actions de sensibilisation pour changer les mentalités
Face
à cette situation, les organisations communautaires multiplient les initiatives
de sensibilisation. En 2025, 150 activités de mobilisation et d’information ont
été menées à travers le pays.
Ces actions portent principalement sur les droits humains, la prévention du VIH et la lutte contre la stigmatisation. Les acteurs de la riposte estiment que les préjugés et les discriminations constituent encore aujourd’hui l’un des principaux obstacles à l’accès au dépistage et aux services de santé.
Photo de famille
Une
stigmatisation toujours présente
Les
données présentées lors de la rencontre confirment que la discrimination
demeure profondément ancrée dans certaines communautés.
Au
Togo, 33,6 % des personnes vivant avec le VIH déclarent avoir été victimes de
propos discriminatoires ou de commérages au sein de leur propre famille. Parmi
elles, 14,7 % affirment avoir subi ce type de situation au cours des douze
derniers mois.
Les
conséquences psychologiques sont également importantes. Environ 34 % des
personnes interrogées estiment que leur confiance en elles a été affectée par
leur statut sérologique, révélant l’impact durable de la stigmatisation sur le
bien-être des personnes concernées.
La
situation n’est pas isolée au contexte togolais. À l’échelle mondiale, les
études montrent que près d’une personne vivant avec le VIH sur quatre déclare
avoir été confrontée à des actes de discrimination. Par ailleurs, 85 % des
personnes concernées disent ressentir une forme de stigmatisation internalisée,
caractérisée par la peur du rejet ou un sentiment de honte lié à leur statut.
Un
frein majeur à la lutte contre l’épidémie
Pour
les experts de la santé publique, la discrimination reste l’un des principaux
défis dans la lutte contre le VIH. Angele Maboudou Akouavi, conseillère en
information stratégique à ONUSIDA, rappelle que ces attitudes compromettent les
progrès réalisés ces dernières années.
Selon
elle, la stigmatisation peut décourager de nombreuses personnes à se faire
dépister ou à suivre un traitement, ce qui fragilise les efforts déployés pour
contrôler l’épidémie.
Elle
souligne également que l’atteinte des objectifs internationaux dits « 95-95-95
», dépister 95 % des personnes vivant avec le VIH, traiter 95 % des personnes
diagnostiquées et assurer une suppression virale chez 95 % des patients sous
traitement, dépend largement de la réduction des discriminations.
Poursuivre
les efforts pour atteindre l’objectif 2030
La
Coordinatrice résidente des Nations Unies au Togo, Coumba D. Sow, a salué les
initiatives menées par le Conseil national de lutte contre le sida et les IST
ainsi que par les autorités togolaises pour intégrer la lutte contre la
discrimination dans les politiques publiques.
Elle
a également rendu hommage au travail constant des organisations communautaires
et des réseaux de personnes vivant avec le VIH, qui se mobilisent depuis
plusieurs années pour promouvoir le respect des droits humains et la dignité
des personnes concernées.
Pour
les acteurs de la riposte, le rapport 2025 constitue à la fois un outil de
plaidoyer et un instrument d’analyse permettant de mieux orienter les
politiques publiques.
Selon
le président du RAS+, Kokouvi Augustin Dokla, les chiffres présentés ne sont
pas de simples statistiques. Ils reflètent des réalités humaines parfois
douloureuses.
Derrière
chaque cas documenté se trouvent des femmes, des hommes et des enfants
confrontés au rejet ou à l’exclusion. Pour lui, mettre fin à ces
discriminations demeure une condition essentielle pour permettre au Togo de
progresser vers l’objectif international d’élimination du VIH comme menace de
santé publique d’ici 2030.
Raymond DZAKPATA