Extrait de l'article: depuis quelques années la consommation de fruits et légumes gagne du terrain au Togo. Ceci arrange les affaires des femmes commerçantes des marchés entre autres Hanoukopé, Atsikpodji, Adidogomé...
L’OMS
recommande la consommation de 5 portions de fruits et légumes pour la santé et
la longévité. D’après l’enquête STEPS 2010, environ 94% des Togolais
reconnaissent ne pas pouvoir consommer les 5 portions de fruits et légumes par
jour. Mais depuis quelques années la
consommation de fruits et légumes gagne du terrain au Togo. Ceci arrange les
affaires des femmes commerçantes des marchés entre autres Hanoukopé,
Atsikpodji, Adidogomé Assiyéyé et Akodessewa. Mais deux des questions
essentielles que se posent certains consommateurs sont les suivantes : « y
a-t-il vraiment des fruits et légumes naturels ou de qualité sur le marché ? »
Quels traitements donne-t-on aux fruits avant de les mettre sur le marché ?
Voici le témoignage de certaines commerçantes.
Médecins,
nutritionnistes, promoteurs agricoles et médias mettent en exergue et vantent
les bienfaits des fruits et légumes sur l’organisme et la santé. Sur le plan
nutritionnel, les fruits et légumes représentent d’importantes sources de
vitamines, minéraux, fibres, antioxydants et d’énergie dont le rôle sur le
métabolisme et le bien-être est confirmé. C’est pourquoi l’OMS recommande la
consommation de 5 portions de fruits et légumes par jour pour garantir la
santé. Du coup, les gens en ont fait leurs médicaments. Cela a donné un coup de
fouet au marché. « Nous bénéficions d’une publicité gratuite. La demande est
de jour en jour plus forte et tous les fruits sont prisés », se félicite
Rico, un étudiant et revendeur occasionnel des fruits au marché Hanoukopé. Au
marché d’Adidogomé Assiyéyé la plupart des fruits étalés sont les oranges, les
papayes, citrons, ananas, avocats, mangues, melons, bananes et pamplemousse.
Ces fruits en bonne formes, ont l’air appétissant et donnent envie d’être
consommés.
D’où proviennent
ces fruits ?
La région des
Plateaux est réputée pour ses énormes potentialités agricoles au Togo. Sous
l’effet conjugué de la richesse de ses sols, d’une bonne pluviométrie et d’un
climat favorable, cette partie du Togo connait chaque année une abondance en
produits fruitiers, notamment dans Amou, Kpélé, Kloto, Agou. Pour Blandine,
Revendeuse de fruits au marché de Hanoukopé , «les fruits que nous
réceptionnons de Kpalimé sont : les bananes, les avocats, les bananes
plantains, Agnigli ou corossol. Les mangues proviennent de Sokodé ». Da
Kossiwa, revendeuse de fruits au marché de Adidogomé Assiyéyé depuis des années
témoigne que les fruits sur leurs étalages viennent d’horizons divers. « Ce
sont les grossistes qui partent s’approvisionner dans les plantations à Kpalimé
et à Agou pour les bananes et les avocats, à Dapaong pour la mangue, au Bénin
et au Ghana pour les oranges, à Notsè et au Bénin pour les ananas », indique-t-elle.
Fruits et
légumes naturels ou traités ?
Est-ce que ces
fruits et légumes sont cultivés de manière naturelle ? Est-ce que ces fruits
sont de bonne qualité ? Voici quelques interrogations des consommateurs ? Une des
revendeuses approchées avec ces questions a souri avant de répondre d’une
manière détournée : « je peux vous peler ces oranges si vous allez voir.
Elles sont juteuses. Elles sont bien remplies d’eau ». Sur les trois
oranges pelées, une seule était consommable. Les deux autres bien jaunes et
fermes étaient difficiles à presser et ont un gout amer. Mme Gisèle, une
gérante de boutique d’alimentation générale au marché d’Adidogomé Assiyéyé
témoigne: «aujourd’hui on ne consomme plus la qualité hein. On arrose nos
champs avec des pesticides. Les fruits ont l’air bien tendres mais quand vous
les consommez certains sont amers, en particulier les oranges et certains
avocats. Vous pouvez acheter 8 oranges peut-être 3 sont comestibles. »
Par contre, les
revendeuses sont optimistes et rassurent de la bonne qualité des fruits et
légumes sur leurs étalages. « On entend dire que les fruits sont remplis de
pesticides. Et certains sont inquiets. Est-ce que c’est tous les fruits ? Nous
pouvons rassurer la population que nous avons des fruits naturels et de qualité
ici à Hanoukopé. C’est des fruits cultivés et qui murissent naturellement »,
martèle Blandine.
«
Je ne comprends pas pourquoi les gens sont sceptiques en ce qui concerne la
qualité des fruits. Nous vendons des fruits et légumes naturels issus des
champs togolais. Ce ne sont pas des choses importés »,
a renchéri Maman Hélène, Revendeuse d’Adémè au Marché d’Adidogomé Assiyéyé.

Faire murir les
fruits pour préserver la qualité ?
D’après les
revendeuses, la chaleur dérange les fruits, parce que la plupart n’ont pas une
longue durée de vie. Cela les oblige par moment à les brader. « On amène les
fruits non mûrs, quand on les met en voiture jusqu‘ici ils se fanent
complètement. Quand on les reçoit on les met dans un panier, on met un papier
dans le panier et après on les enroule dans le papier, jusqu’au lendemain ils
commencent à mûrir en raison de la chaleur. Et quand on les expose ils
murissent encore plus parce qu’on les couvre et les étale sur du plastique.
Sinon ce sont de bons fruits que nous vendons », témoigne Blandine.
Certains fruits
et légumes mûrissent après avoir été récoltés. Mais d’autres sont traités
autrement. Une banane achetée quelques jours auparavant au marché noircit
dangereusement dans la corbeille à fruits alors que les pastèques, encore trop
jeunes, semblent ne jamais atteindre la maturation parfaite. On a déjà fait
cette observation frustrante. « Cependant, d’une manière générale, les
fruits et légumes sont peu nombreux à continuer leur mûrissage après avoir été
cueillis. La majorité notamment le citron, le concombre, sont dits
non-climactériques. C’est-à-dire qu’ils ne mûriront plus après avoir été
cueillis. Les autres, comme l’avocat, la pomme africaine, la banane, le melon
et la tomate sont climactériques. Après avoir été récoltés, ils continuent leur
maturation grâce à l’éthylène qu’ils contiennent », fait remarquer un
agronome.
Il existe
certains fruits qui mûrissent encore, au détriment de la saveur. Bien que la
banane, l’avocat, le melon ou encore la poire, entre autres, puissent gagner en
maturation après la récolte, leur taux de sucre, lui, n’évoluera pas. La
pastèque, elle mûrit sans cesse jusqu’à s’abîmer, sans que sa saveur n’en soit
altérée. « Les poivrons, par exemple, s’ils sont cueillis trop tôt avant
maturité, seront gâtés. Le concombre, lui, arrête aussitôt de mûrir mais peut
se conserver plusieurs jours sans risque. La plupart des légumes principalement
composés d’eau commencent par flétrir avant d’être abîmés», souligne
l’observateur. Certains fruits tirent leur épingle du jeu et évoluent
différemment.
Les pesticides
pour faire murir les ananas
Un agriculteur
d’ananas révèle que des maraîchers emploient des pesticides pour faire murir
les ananas de les déverser sur le marché.
« On stimule la floraison par l’utilisation des produits chimiques.
Comme les ananas sont de couleur verte à l’état naturel, même quand ils sont
bien mûrs, les agriculteurs utilisent un produit chimique appelé éthéphon pour
les faire jaunir. Ils aspergent ces produits sur la plante la nuit, et des
jours plus tard, on remarque un murissement. S’ils ne pratiquent pas ce type de
murissement, il pourrait y avoir des mois où ils ne récolteraient rien »,
dit-il.
La cueillette
prématurée
La mauvaise
qualité des fruits est due en grande partie à la cueillette prématurée. Dans le
but de les voir mûrir le plus rapidement possible, certains vendeurs et
revendeurs n’hésitent pas à utiliser le carbure de calcium, un produit
hautement toxique. D’après certains témoignages recueillis, les femmes
emballent des morceaux de carbure dans des chiffons mouillés et les déposent
dans des récipients contenant des fruits non mûrs tout en les couvrant. Le
carbure dégage alors de la chaleur qui garantit la maturité forcée. En fait, il
reste à la surface des fruits avant de s’évaporer. Ce qui constitue un risque
pour l’environnement. Le carbure, encore appelé «pierre» par les commerçants de
fruits, est un produit friable. Il a une odeur forte semblable à celle du
souffre. Solide, sa couleur est identique à celle de la potasse. C’est ce qui
est utilisé par bon nombre de commerçants pour précipiter la maturation des
fruits. Sont-elles conscientes du danger que représente leur formule de
maturation des fruits ? Pas sûr.
Devant ce
phénomène d’utilisation du carbure de calcium, les fruits sont dénaturés et
deviennent fades à cause du carbure. Ils n’ont plus de goût. Cela a des effets
négatifs sur la santé. En réalité, quand les fruits mûrissent, de nombreux
changements biochimiques se produisent. Les plus évidents sont la couleur,
l’arôme et la fermeté du fruit. Le carbure de calcium se combine avec
l’humidité de l’air pour libérer un gaz appelé acétylène produit lors de la
maturation.
La recherche du
gain rapide amène certains acteurs à faire usage de substances chimiques pour
le mûrissement des fruits.
Le Togo, un
pilier de production de fruits et légumes
D’après le
rapport « Les fruits et légumes au Togo : état des lieux de la production,
organisation des filières et contribution à la sécurité alimentaire et
nutritionnelle », en 2017, le Togo a produit plus de 560 000 tonnes de
fruits dont 66% de mangues. Les autres principaux fruits du Togo sont: avocat,
papaye, banane, agrume et ananas. Entre 2013 et 2017 la production de légumes
est passée de 21 687 tonnes à 37 215 tonnes. Selon l’Institut National de la Statistique
et des Etudes Economiques et Démographiques (INSEED), les importations de
fruits et légumes au Togo s’élèveraient à 8385 tonnes en 2017, représentant en
valeur 1,4 milliards de FCFA alors que les exportations sont de l’ordre de
30265 tonnes soit environ 4,578 milliards de FCFA. Le Togo produit chaque année
60 000 tonnes de fruits et 40 000 tonnes de légumes.
Abel
OZIH