Lutte contre la désertification/Interview du Dr Eliane Ubalijoro, Directrice exécutive de « Landscape Alliance »
- Posted on 07/07/2026 11:34
- Film
- By abelozih@sante-education.tg
Extrait de l'article: À quelques semaines de la 17e Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (COP17), prévue à Oulan-Bator, en Mongolie, du 17 au 28 août, Dr Eliane Ubalijoro, directrice exécutive de « Landscape Allia
« Des investissements considérables sont
nécessaires pour restaurer les paysages dégradés en Afrique »
À quelques semaines de la 17e Conférence des Parties à la Convention des
Nations Unies sur la lutte contre la désertification (COP17), prévue à
Oulan-Bator, en Mongolie, du 17 au 28 août, Dr Eliane Ubalijoro,
directrice exécutive de « Landscape Alliance », anciennement appelée
CIFOR-ICRAF, souligne l’importance pour l’Afrique de surmonter les défis
complexes et interdépendants nécessitant une approche innovante dans la lutte
contre la désertification, la dégradation des sols et la sécheresse.
Comment l’Afrique peut surmonter les défis liés à la dégradation des
terres, la désertification et la sécheresse ?
Eliane Ubalijoro : L’un des principaux constats, à la veille de la COP17 en Mongolie, est que les liens entre le climat, la biodiversité et le changement climatique tissent une toile complexe et indissociable pour notre planète. Pour les régions d’Afrique centrale et de l’Ouest plus particulièrement, le bassin du Congo joue un rôle crucial dans le fonctionnement de l’écosystème planétaire. L’Afrique abrite à elle seule 26 % de la biodiversité mondiale. Ce que la plupart des gens ignorent, c’est que le bassin du Congo absorbe sept fois plus de carbone que l’Amazonie. La surexploitation des ressources naturelles en Afrique centrale et de l’Ouest ne cesse d’aggraver. La sous-région reste confrontée à de graves problèmes liés à la perte de terres arables, à l’érosion des sols fertiles et à la raréfaction des ressources en eau.
Dr Eliane Ubalijoro
Nos
investissements en Afrique centrale et de l’Ouest détermineront la résilience
de l’humanité face au changement climatique. Il est essentiel d’agir, car un
tiers des terres émergées, et notamment 65 % en Afrique, sont dégradées ; ce
qui accentue la pression sur les forêts, indispensables à la séquestration du
carbone.
Quelle est la tendance actuelle en matière de perte de terres ?
En Afrique
centrale et de l’Ouest, la désertification progresse à un rythme alarmant,
transformant des terres arables en zones arides et infertiles. Les estimations
officielles montrent que 65 % des terres productives d’Afrique sont dégradées.
Cette dégradation a entraîné une baisse de la productivité agricole, une
insécurité alimentaire accrue, une diminution des moyens de subsistance et un
affaiblissement de la résilience des communautés face aux changements
climatiques.
Il existe
également des zones cruciales de tourbières et nous savons que ces dernières
séquestrent encore plus de carbone que les forêts naturelles. Il est donc
essentiel d’étudier cette interface entre les forêts et les tourbières
d’Afrique centrale et de l’Ouest, qui sont des acteurs clés pour l’humanité
face aux défis actuels. Par exemple, le Sahel, une région semi-aride d’Afrique
de l’Ouest, est particulièrement vulnérable à la désertification. Dans cette
partie, la dégradation des terres aggrave les conditions de vie déjà précaires
des agriculteurs.
Quels sont les principaux défis auxquels sont confrontés les gouvernements
africains pour restaurer des terres dégradées à l’horizon 2030 ?
Je pense que
l’un des défis auxquels sont confrontés les décideurs politiques africains est
notamment lié au financement public, pour soutenir les initiatives de
restauration des forêts, dont le montant s’élève actuellement à 5,7 milliards
USD par an. Ce montant ne représente qu’une infime partie des 117 à 300
milliards USD requis d’ici à 2030 pour restaurer plus d’un milliard d’hectares
de terres dégradées, et renforcer la résilience à la sécheresse, notamment en
Afrique centrale et de l’Ouest.
Les financements sont importants pour atteindre
les objectifs mondiaux de restauration des terres et lutter contre la
désertification et la sécheresse.
Pourquoi insister sur la finance ?
Les
gouvernements africains ont besoin d’engager un dialogue avec tous les acteurs
du secteur financier et de l’investissement. Il est impératif que nos systèmes
comptables prennent en compte le capital naturel, et analysent comment la
productivité économique contribue à son accroissement ou à sa diminution.
Par ailleurs,
il s’avère impératif d’accroître considérablement les financements pour
atteindre les objectifs mondiaux de restauration des terres, et lutter contre
la désertification et la sécheresse. Il y a également un besoin pressant de
mettre en place un système de transparence, quant à l’utilisation de ces fonds.
Ces zones souffrent d’un sous-financement chronique et criard, un problème non
seulement pour les populations locales, mais aussi pour l’humanité entière,
compte tenu de l’importance capitale de cette région d’Afrique centrale et de
l’Ouest pour sa capacité de séquestration du carbone et sa biodiversité.
Sans
l’implication des communautés autochtones et locales, rien de tout cela ne peut
se faire. Il est donc essentiel que des institutions, comme « Landscape
Alliance » jouent un rôle de catalyseur, aidant les gouvernements et les
institutions financières et d’investissement à mobiliser les financements et
les flux financiers nécessaires aux gouvernements et aux communautés locales.
Source : Mongabay