Journée mondiale de la santé mentale : Investir dans les services de santé mentale de qualité
- Posted on 29/10/2021 00:00
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- By stephaneogou@gmail.com
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Les problèmes de santé mentale sont une réalité quotidienne
pour des milliers de Togolais et leurs proches. Malgré des stratégies efficaces
de gestion et de prévention des troubles mentaux, nombre de personnes ne
réclament pas d’aide en raison de l’accès limité aux soins et de la
stigmatisation qui y est associée. Préoccupée
par ce problème de santé publique, le Programme National de Lutte
contre les Maladies Non Transmissibles (PNLMNT) avec l’appui financier
d’Ecobank a briefé, le jeudi 28 octobre, des journalistes du privé et du public
sur les droits des personnes à la santé mentale. L’objectif est
d’informer les médias sur la thématique de la santé mentale afin qu’ils servent
de relais auprès des populations dans la promotion de la santé mentale, la prévention
et sensibilisation des maladies mentales. C’était en présence du Pr Mofou Belo,
Coordonnateur du PNLMNT et du Dr Sonia Kanekatoua,
Représentant le chef service psychiatrie du CHU Campus.
La
rencontre, à l’occasion de la journée mondiale de la Santé Mentale, a pour
objectif de « présenter la santé mentale à l’ensemble des citoyens et
leur faire savoir que ses services existent au sein de l’institution sanitaire
nationale pour leur apporter soutien, réconfort, solution et des soins médicaux
pour les personnes qui rencontrent et vivent des solutions problématiques et
souffrent de maladies mentales. C’est aussi l’occasion de démystifier la santé
mentale, d’éliminer les clichés et les préjugés », a souligné Dr Sonia Kanekatoua, médecin psychiatre au CHU Campus.
Selon les estimations actuelles, une personne au moins présentera un trouble mental modéré à sévère ou souffrira de problèmes de santé mentale au cours de sa vie. Pourtant, beaucoup d’entre elles ne se font pas soigner. Une mauvaise santé mentale est un facteur prédisposant à des problèmes de santé physique et à une espérance de vie beaucoup plus courte. En effet, la dépression est l’une des principales causes d’incapacité. Le suicide est la deuxième cause de décès chez les 15-29ans. Les personnes atteintes de troubles mentaux graves meurent prématurément (jusqu’à vingt ans plus tôt- en raison de pathologies physiques évitables).

Invertir
dans la santé mentale
Le thème retenu pour la campagne 2021,
« Faisons des soins de santé mentale pour tous une réalité »,
s’explique par le fait que de nombreuses personnes en Afrique, en particulier
au Togo n’ont pas accès aux soins pour des problèmes de santé mentale. Dans
l’ensemble, il y a un sous-investissement prononcé dans la santé mentale qu’il
est incroyablement difficile de garantir l’accès aux soins. D’après Pr Mofou
Belo, l’absence de services de santé mentale est une forme de discrimination
pouvant entraîner des atteintes aux droits fondamentaux de la personne, et il
faut y mettre fin. « Les personnes souffrant des mentales n’ont pas
accès aux soins et services de qualité. Nous devons tous parler davantage de
santé mentale, et les autorités publiques doivent investir plus dans les
services et soins. La santé mentale doit également être incluse dans le plan national
de préparation aux catastrophes ou les épidémies », a-t-il souligné.
Le nombre de personnes bénéficiant d’un traitement efficace
reste extrêmement faible. Ainsi convient-il d’investir davantage sur tous les
fronts. « Pour que la sensibilisation à la santé mentale soit mieux
comprise et réduire la stigmatisation, il faut investir dans le cadre des
efforts visant à améliorer l’accès à des soins de santé mentale de qualité et à
des traitements efficaces et pour la formation des agents de santé et d’autres
agents intervenants dans la santé mentale », déclare Dr Kanekatoua.
« Il faut aussi investir dans le cadre des travaux de recherche, afin de
trouver de nouveaux traitements et d’améliorer les traitements existants pour
tous les troubles mentaux, puis dans la réinsertion socioprofessionnelle des
personnes souffrant de maladie mentale », martèle-t-elle.
Victimes
de violations
D’après le Dr Kanekatoua, les personnes souffrant de troubles mentaux
sont confrontées à la stigmatisation et la discrimination ; la
violation des droits économiques, sociaux et autres ; le déni d’autonomie
et la privation de la capacité juridique. Ce qui entraine des répercussions
néfastes sur le bien-être des patients, des familles et de la société en
général. « Bien que certains
pays aient enregistrés des progrès, les personnes souffrant de troubles mentaux
sont souvent victimes de graves violations de leurs droits fondamentaux, de discrimination
et de stigmatisation. Il existe aussi des « services
passifs » : les personnes
vivant avec un handicap vivent en établissement mais n’ont pas la possibilité
de participer à un programme de réadaptation active. La qualité de vie des
personnes handicapées est émaillée de discrimination sociale et de
stigmatisation. Le taux de mortalité et de morbidité est largement supérieur
aux taux observés chez les non-handicapés », relève-t-elle.
« La société ne s’intéresse pas aux facteurs environnementaux qui causent ou compliquent les handicaps. Dans une famille, la présence d’un handicap peut rendre difficile le mariage du concerné et de sa fratrie. Une femme peut être abandonnée par son mari et même privée des enfants. Les revenus des adultes handicapés sont inférieurs. La discrimination sociale et la ségrégation ont pour racine les peurs ancestrales et les croyances culturelles et religieuses profondes. Ces personnes sont exclues des positions de responsabilité, des postes politiques, des prises de décision même concernant leur bien-être. », explique le médecin psychiatre.

Disponibilité des soins cliniques
Des services à plusieurs niveaux, des services de base aux
soins cliniques, et les soins de santé mentale doivent être immédiatement
disponibles pour répondre à des problèmes urgents et spécifiques, dans le cadre
de l’action sanitaire.
Au Togo, les prestations en santé mentale de qualité
existent et elles sont destinées aux citoyens du plus jeune au moins jeune. On
compte une vingtaine de structures sanitaires sur le territoire national dont
10 confessionnels/privés/associatifs. En outre, certaines cliniques et cabinets
privés et le service de santé des armées offrent des prestations en santé
mentale. Une équipe pluridisciplinaire professionnelle composée d’acteurs
psychosociaux et communautaires, de psychiatres, psychologues, de paramédicaux
et bien d’autres acteurs travaillent en synergie. « Suivant les
situations rencontrées et les diagnostics posés, les personnes en difficulté
sont écoutées, soutenues, accompagnées, soignées. Une équipe pluridisciplinaire
réfléchit avec la personne afin de trouver une solution au problème. Les
rencontres et consultations se déroulent dans les services de psychiatrie et
les unités de santé mentale au niveau national, régional et préfectoral »,
évoque la spécialiste.
Le Togo a opté depuis longtemps pour la décentralisation des
soins de santé mentale, et l’on évolue progressivement vers l’installation des
services de santé mentale communautaires. L’évolution amène à envisager aussi à
court terme la création d’une équipe mobile en santé mentale.
Par
ailleurs, l’on doit renforcer la création
d’un environnement juridique propice à la réalisation des droits de l’homme des
personnes souffrant de problèmes de santé mentale. Au Togo, dans le domaine du respect des droits, des textes
juridiques les garantissent. La constitution, le code des personnes et de la
famille, le code de l’enfant, le code de la santé et bien d’autres outils ont
prévu le respect des droits de tous les citoyens, y compris le patient
souffrant de maladie mentale, d’handicap psycho social.
La
Journée mondiale de la santé mentale ne se résume pas à une simple action de
sensibilisation. Elle permet également de donner aux citoyens les moyens de
prendre soin de leur propre santé mentale et de soutenir d’autres personnes.
Abel
OZIH