L’allaitement maternel exclusif : une priorité pour la santé publique en Afrique
- Posted on 14/08/2024 18:02
- Film
- By abelozih@sante-education.tg
Extrait de l'article: L'allaitement maternel exclusif (AME) joue un rôle essentiel dans la préservation de la santé des nourrissons, notamment dans les pays en développement tels que ceux d'Afrique. Le rôle de l'AME en tant que stratégie de santé publique est crucial pour
L'allaitement
maternel exclusif (AME) joue un rôle essentiel dans la préservation de la santé
des nourrissons, notamment dans les pays en développement tels que ceux
d'Afrique. Le rôle de l'AME en tant que stratégie de santé publique est crucial
pour diminuer la mortalité infantile, favoriser la croissance saine et prévenir
les maladies.
Chaque bébé a accès à un élixir, peu importe le statut social, culturel et financier de sa famille. Le lait maternel est un aliment accessible à toutes les mères et qui assure toutes les garanties sanitaires et nutritionnelles, sans nécessiter d'aide au développement ni de dépenses supplémentaires pour les États ou les familles. Selon les spécialistes de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef), la généralisation d'un allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois de vie d'un bébé permettrait de réduire la mortalité néonatale et infantile et de sauver chaque année 200 000 vies, simplement en Afrique de l'Ouest. S’appuyant sur diverses études scientifiques, les deux institutions onusiennes recommandent que tous les nourrissons reçoivent cette alimentation unique.
Réduire
les risques de cancer
Le
lait de la mère est composé à 88 % d'eau. Il renferme tous les éléments
nutritifs et anticorps nécessaires à la santé et au développement du bébé.
Selon elle, si une mise au sein précoce et exclusive est strictement pratiquée,
cela permettrait d'éviter un tiers des infections respiratoires, la moitié des
épisodes diarrhéiques et même de prévenir les risques d'obésité et
d'hypertension artérielle ultérieurement dans la vie adulte. En outre, il est
crucial d'avoir une alimentation saine, accompagnée d'une stimulation
appropriée et de soins appropriés, afin de favoriser le développement du
cerveau des bébés pendant les 1 000 premiers jours de vie. Contrairement à ce
que l'on pense, l'allaitement a également des avantages pour la mère, car il
accélère sa récupération après l'accouchement et diminue ses risques de cancer
du sein ou de l'utérus.
Bien qu'en Afrique, l'allaitement ait toujours été une pratique privilégiée dans l'alimentation du nourrisson et du jeune enfant, il reste encore trop secret. Aujourd’hui, seulement quatre nouveau-nés sur dix sont portés au sein dans l'heure qui suit la naissance et seulement trois bébés sur dix sont exclusivement nourris de cet aliment jusqu'à l'âge de 6 mois. C'est insuffisant.

Bien
souvent, « les maternités sont trop étroites pour recevoir
plusieurs parturientes en même temps et le nombre important d’accouchements
empêche de proposer l’allaitement dès les premières minutes de vie du
nouveau-né. L’attention des sage-femmes se concentre sur les gestes
techniques et très peu sur les informations à transmettre et à faire appliquer
pour la survie du bébé », explique Marie-Thérèse Arcens Somé, Sociologue
de la santé (Burkina Faso) et autrice d’une étude sur « Le défi de
l’adoption de l’allaitement maternel exclusif au Burkina Faso »,
publiée en février dans la revue “Santé publique”.
Ainsi,
les jeunes mamans rentrent chez elles sans avoir reçu de conseils sur
l'importance du geste de nourrissage pour la santé et le développement de leur
enfant. Et sans qu'on leur ait enseigné les gestes appropriés. Il est encore
plus regrettable que, comme le soulignent les experts, allaiter n'a rien de «
naturel ». C'est une action qui se développe.
Le
lobbying des laitiers
Parmi
les autres éléments qui entravent l'intégration de l'allaitement exclusif dans
les habitudes des mères, la chercheuse fait référence à certaines pratiques
sociales et culturelles, telles que les rites traditionnels d'administration de
décoctions et d'onguents au nouveau-né. Une coutume qui se retrouve dans les 24
pays d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale et qui peut être en partie
attribuée à la malnutrition aiguë sévère dont souffrent environ 4,9 millions
d'enfants dans ces régions.
En
plus de cela, il y a les messages transmis par les producteurs de lait en
poudre. Selon l'ONG Action contre la faim, ces derniers, qui ont réalisé que
l'Afrique était une destination prometteuse alors que les prévisions
démographiques prévoient un doublement de la population d'ici 2050, expriment
leur opinion sur un marché qui représentait déjà environ 71 milliards de
dollars en 2019 (environ 63 milliards d'euros). Cependant, tous les experts le
soulignent depuis les années 1960 : les substituts au lait maternel
représentent l'un des principaux obstacles à l'expansion de l'allaitement sur
le continent.
Ces
messages favorables à l'utilisation du lait en poudre, qui font référence à une
certaine "modernité", sont d'autant plus préjudiciables que
l'accouchement reste un moyen parmi les plus efficaces pour préserver sa santé,
sa croissance et même pour favoriser le développement local. L'allaitement
n'est pas seulement un problème de santé publique, mais il constitue également
une "urgence pour le développement humain et économique en Afrique
subsaharienne".
La
prise de conscience des nombreux avantages de l'allaitement commence à se faire
sentir et, malgré le marketing agressif des laitiers, des progrès significatifs
se font remarquer. Le rapport mondial sur la nutrition le plus récent, publié
en mai, montre que onze pays d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale sont en
train de progresser vers le taux de 50 % d'allaitement exclusif fixé par les
Nations unies pour 2025.
William
O.