Situation sanitaire dans le district d’Agoè-Nyivé : Interview du Dr Lakté-Adassou Pni-pè, Directrice Préfectorale de la Santé d’Agoè-Nyivé
- Posted on 27/02/2026 08:59
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- By raymonddzakpata@sante-education.tg
Extrait de l'article: « Le district sanitaire d’Agoè-Nyivé affiche des indicateurs encourageants en matière d’accessibilité aux soins, avec un taux estimé à 82 % lorsqu’on intègre l’ensemble des acteurs du système de santé. » La directrice préfectorale du district...
« Le district sanitaire d’Agoè-Nyivé affiche
des indicateurs encourageants en matière d’accessibilité aux soins, avec un
taux estimé à 82 % lorsqu’on intègre l’ensemble des acteurs du système de
santé. »
La directrice préfectorale du district
sanitaire d’Agoè-Nyivé, Dr Lakté-Adassou Pni-pè dresse un état des lieux détaillé de l’accès
aux soins, des priorités sanitaires, des pathologies les plus fréquentes et des
réformes engagées pour améliorer la prise en charge des populations dans le
district d’Agoè-Nyivé.
Santé-Education : Les populations
d’Agoè-Nyivé ont-elles un accès réel et facile aux soins de santé ?
Dr Lakté-Adassou Pni-pè : Oui, nous pouvons affirmer que les
populations d’Agoè-Nyivé ont un accès relativement facile aux services de
santé.
Pendant longtemps, le taux d’accessibilité
était calculé uniquement sur la base des formations sanitaires publiques. Or,
cette méthode ne reflétait pas toute la réalité du terrain. En effet, les structures
sanitaires du secteur privé, les structures sanitaires confessionnelles et
celles des ONGs et associations ainsi que les cabinets d’infirmiers jouent un
rôle extrêmement important dans l’offre de soins.
Aujourd’hui, lorsque nous prenons en compte
l’ensemble des structures sanitaires du district, nous recensons 90 formations
sanitaires. Sur ces 90 structures, seulement 9 sont publiques, auxquelles
s’ajoute l’hôpital de référence Dogta-Lafiè. Cela signifie qu’environ 80
formations sanitaires relèvent du secteur privé, confessionnel ou associatif.
Ces structures participent activement à la
prise en charge sanitaire des populations. En les intégrant dans le calcul de
l’accessibilité géographique, nous estimons que le taux d’accès aux soins est
passé de 40 à 82%. On peut donc dire que, globalement, la population bénéficie
d’un accès relativement satisfaisant aux services de santé.
Quels sont les besoins prioritaires pour une
bonne gestion de la santé publique dans votre district ?
Les priorités sont claires. Le renforcement
des ressources humaines, car le personnel qualifié reste insuffisant dans
plusieurs formations sanitaires. Il y a aussi la prévention des maladies,
notamment à travers la vaccination et le développement de la santé
communautaire, qui permet de rapprocher les soins des populations. La
disponibilité des médicaments et l’accès aux soins de qualité sont également des
priorités.
Ces axes constituent les piliers d’une
gestion efficace et durable de la santé publique au niveau du district.
Quelles sont les pathologies les plus
fréquentes dans le district ?
Le paludisme, première cause de consultation
et d’hospitalisation, occupe la première place des pathologies diagnostiquées
et traitées dans le district, qu’il s’agisse de paludisme simple ou grave car
nous sommes en zone endémique.
Les infections respiratoires aiguës arrivent
en deuxième position et touchent particulièrement les enfants de moins de cinq
ans. Chez ces derniers, ces infections peuvent évoluer vers des formes graves
et parfois mortelles, d’où la nécessité d’une prise en charge rapide.
Les maladies diarrhéiques sont souvent liées
aux défis en matière d’hygiène et d’assainissement de base. Certaines communes
du district sont plus exposées à ces problèmes. Ce qui favorise la survenue
d’épisodes diarrhéiques surtout le choléra.
Les anémies et autres infections, souvent
associées au paludisme ou à des carences nutritionnelles, figurent également
parmi les pathologies récurrentes.
Quel est l’état de la santé maternelle et
infantile dans votre district ?
Nous pouvons dire que la santé de la mère et
de l’enfant se porte globalement bien, grâce aux programmes mis en place par
l’État.
Le programme d’accompagnement de la femme
enceinte « Wezou » : Un programme spécifique accompagne la femme enceinte depuis la
grossesse jusqu’à l’accouchement. Ce dispositif soulage considérablement les
charges financières des femmes enceintes.
Dans ce cadre, les consultations prénatales
sont prises en charge. Les échographies sont couvertes et l’accouchement est
subventionné. Plusieurs analyses médicales sont gratuites.
Il reste une contribution modique à la charge
de la patiente, puisque l’essentiel des frais est supporté par l’État.
La vaccination et la prévention : Le programme élargi de vaccination protège
les enfants dès la naissance ainsi que les femmes enceintes. En 2025, de
nouveaux vaccins, dont le vaccin antipaludique, ont été introduits.
La prise en charge du paludisme simple est
gratuite pour les femmes enceintes, pour les enfants de moins de cinq ans et est
élargie à l’ensemble de la population, du diagnostic au traitement.
Des moustiquaires imprégnées sont également
distribuées gratuitement aux femmes enceintes et aux nouveau-nés lors de leur
première vaccination, en plus des campagnes de distribution de masse organisées
périodiquement.
Malgré ces avancées, un défi majeur persiste
: beaucoup de femmes ignorent encore l’existence de ces programmes.
La fréquentation des centres augmente, mais
il reste un travail important de sensibilisation afin que toutes les femmes
sachent qu’elles peuvent bénéficier d’une prise en charge largement
subventionnée.
Le district a connu des difficultés liées au
manque de personnel. La situation s’est-elle améliorée ?
Oui, même si l’évolution n’est pas aussi
rapide que souhaitée. Le district a bénéficié
du personnel affecté du Ministère.
Plusieurs problèmes ont été partiellement
résolus, notamment la réduction des perdus de vue en vaccination et en
consultation prénatale, l’amélioration du suivi des maladies transmissibles.
Pour pallier au reste du déficit en
ressources humaines, le district a recours aux volontaires nationaux de l’ANVT,
aux stagiaires qualifiés, à des conventions de prestations temporaires.
Ces mesures ont permis d’améliorer la prise
en charge des patients, mais le renforcement durable en personnel reste une
priorité.
Comment se déroule la mise en œuvre de
l’Assurance Maladie Universelle (AMU) ?
La dynamique a commencé il y a plusieurs
années avec l’INAM. Les agents de santé maîtrisent donc déjà les circuits
administratifs et les procédures de prise en charge.
L’AMU-CNSS, introduite il y a plus de deux
ans, fonctionne pleinement dans le district.
Elle a permis d’augmenter la fréquentation
des centres de santé, d’améliorer la qualité de la prise en charge et l’orientation
des patients vers les formations sanitaires agréées disposant de personnel
qualifié.
En effet, les patients assurés ne sont
remboursés que s’ils consultent dans des structures agréées. Cela contribue à
lutter contre les formations sanitaires non autorisées.
Aujourd’hui, l’enjeu principal reste l’enrôlement des populations vulnérables, un processus déjà entamé et appelé à s’intensifier.
Propos recueillis par Raymond DZAKPATA