Femmes togolaises : se soigner sans se ruiner, enfin possible ?
- Posted on 09/03/2026 10:12
- Film
- By raymonddzakpata@sante-education.tg
Extrait de l'article: La Journée internationale des droits des femmes est célébrée le 8 mars de chaque année. Les droits des femmes ne se limitent ni aux discours ni aux célébrations. Parmi ces droits, il en est un qui conditionne tous les autres, c’est le droit à la...
La
Journée internationale des droits des femmes est célébrée le 8 mars de chaque
année. Les droits des femmes ne se limitent ni aux discours ni aux
célébrations. Parmi ces droits, il en est un qui conditionne tous les autres,
c’est le droit à la santé. Au Togo, ce droit est inscrit dans la loi. Le Togo
réaffirme l’importance du droit à la santé pour toutes les femmes, un droit non
seulement légalement garanti, mais aussi essentiel pour la dignité, l’autonomie
et l’égalité des genres. Mais entre les textes et la réalité quotidienne des
femmes, le chemin reste exigeant.
La
Constitution togolaise en son article 34 affirme que l’État œuvre à promouvoir
la santé de tous les citoyens. Les femmes, y compris dans leurs besoins
spécifiques dont la santé reproductive, la maternité, la prévention des
maladies, sont pleinement concernées.
Au-delà
de la Constitution, plusieurs textes renforcent cette reconnaissance, la loi
instituant l’Assurance Maladie Universelle (AMU) en 2021, visant à garantir une
couverture santé à toute la population. La ratification par le Togo de la
Convention sur l’Élimination de toutes les formes de Discrimination à l’égard
des Femmes, qui engage l’État à éliminer toute discrimination dans l’accès aux
soins.
Accès
aux soins
Pendant
longtemps, l’un des obstacles majeurs pour les femmes togolaises, surtout en
milieu rural ou dans le secteur informel, a été le coût des soins.
Depuis
janvier 2024, la mise en œuvre progressive de l’AMU marque un tournant. Fondée
sur le principe de solidarité et de mutualisation des risques, elle propose un
panier de soins incluant les consultations médicales, les médicaments essentiels,
les hospitalisations, les soins maternels et infantiles
L’extension
en 2025 aux travailleurs non-salariés constitue une avancée majeure. Les commerçantes,
agricultrices, artisanes, nombreuses parmi elles, peuvent désormais bénéficier
d’une protection sociale longtemps réservée aux salariés.
Lors
du lancement officiel pour les non-salariés en octobre 2025, Ingrid Awade,
Directrice générale de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale, déclarait, « Aujourd’hui,
plus aucun travailleur non salarié ne sera laissé pour compte face aux aléas de
la vie. La solidarité devient action, la protection sociale devient réalité.
»
Le
dispositif repose sur une cotisation flexible, 10 000 FCFA par mois, 28 500
FCFA par trimestre, 54 000 FCFA par semestre, 102 000 FCFA par an. Il couvre
six ayants droit et inclut soins préventifs, curatifs, hospitaliers, ainsi
qu’une prise en charge partielle des analyses et médicaments essentiels. Une
période de carence de 90 jours s’applique avant l’accès aux prestations. En cas
de non-paiement pendant deux mois, les droits sont suspendus.
Impact
réel pour les femmes
La directrice exécutive de l’association SEFECTO (Solidarité pour l’Épanouissement des Femmes Commerçantes du Togo), Mme Aflimba Johnson-Comlan Cataria, montre que cette réforme change la donne : « Pour nous, femmes commerçantes, cela signifie une
couverture plus large des soins et une meilleure intégration des travailleuses
du secteur informel dans la politique nationale de santé. »
« Grâce
à cette assurance, une commerçante malade n’aura plus à choisir entre se
soigner et nourrir ses enfants. (…) Mais au-delà des soins, l’assurance maladie
est un levier d’émancipation. », ajouta-t-elle.
Car
la santé n’est pas qu’une question médicale. Elle est économique, sociale,
politique. Une femme en bonne santé travaille, investit, éduque, participe à la
vie publique.
Les
défis persistants
Malgré ces progrès, des
défis demeurent. Le montant des cotisations de l’AMU TNS représente un
véritable défi pour de nombreuses femmes commerçantes, agricultrices ou
transformatrices agroalimentaires dont les revenus sont irréguliers et parfois
saisonniers. Pour une vendeuse de marché dont les bénéfices fluctuent selon les
périodes, dégager 10 000 FCFA chaque mois peut constituer un effort
considérable, surtout dans un contexte marqué par la hausse du coût de la vie.
À cela s’ajoute la période de carence de 90 jours, qui peut décourager
certaines adhérentes potentielles, notamment celles confrontées à des besoins
médicaux immédiats.
Par
ailleurs, la santé des femmes ne se limite pas à la maternité. Elle inclut la
santé mentale, la prévention des cancers féminins, la lutte contre les
violences basées sur le genre, l’accès à l’information en santé reproductive.
Le
droit existe. Mais son effectivité dépend de la continuité des réformes, du
financement durable et de la sensibilisation.
Le
8 mars : au-delà des slogans
Célébrer
le 8 mars au Togo, c’est reconnaître que des pas importants ont été franchis.
Mais c’est aussi accepter que le combat continue. La santé des femmes n’est pas
une faveur. Ce n’est pas un privilège. C’est un droit fondamental. Et un pays
qui protège la santé de ses femmes protège son avenir.
Raymond
DZAKPATA