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Appel à l’engagement accru du secteur privé dans la lutte contre les MNT : Interview de Malikatou Djermakoye

Appel à l’engagement accru du secteur privé dans la lutte contre les MNT : Interview de Malikatou Djermakoye
Extrait de l'article: Face à la progression des maladies non transmissibles (MNT) et à la baisse des financements extérieurs, la mobilisation du secteur privé apparaît comme une nécessité pour renforcer durablement la prévention en Afrique. Dans cette interview, Malikatou

« Investir dans la prévention des maladies non transmissibles (MNT) n’est pas une dépense sociale, c’est un investissement économique »

Face à la progression des maladies non transmissibles (MNT) et à la baisse des financements extérieurs, la mobilisation du secteur privé apparaît comme une nécessité pour renforcer durablement la prévention en Afrique. Dans cette interview, Malikatou Hadiza Gabrielle Djermakoye, économiste du développement et experte en plaidoyer stratégique pour les politiques de santé, explique pourquoi les entreprises doivent devenir des partenaires stratégiques dans la lutte contre les MNT et appelle à des mécanismes de financement durables et structurés.

Santé-Education : Pourquoi le secteur privé doit-il devenir un acteur incontournable de la prévention des maladies non transmissibles (MNT) ?

Malikatou Djermakoye : La baisse des financements extérieurs n’est plus conjoncturelle, elle est structurelle. L’aide publique au développement est passée de 216 à 174 milliards de dollars entre 2024 et 2025. Les États-Unis ont quitté l’OMS en janvier 2026 et de nombreux partenaires historiques se retirent progressivement du continent. Les États africains ne peuvent donc plus compter sur ces flux pour financer durablement la prévention.

Or, les MNT ne sont pas qu’un problème sanitaire : elles pèsent directement sur l’économie. L’OMS estime les pertes mondiales de productivité liées aux MNT à environ 2 400 milliards de dollars par an, en raison de l’absentéisme, de la baisse du rendement, de la mortalité prématurée et de l’appauvrissement des ménages.

Le secteur privé est donc directement affecté par ce fardeau. Il constitue un acteur légitime et concerné, et pas seulement un généreux donateur externe. Investir dans la prévention n’est pas une dépense sociale : c’est un investissement économique dans la productivité et la stabilité de la main-d’œuvre.

Quels sont les principaux obstacles à la mobilisation du secteur privé ?

Trois principaux freins reviennent systématiquement. D’abord, les entreprises ne savent pas concrètement quoi financer, faute de propositions claires de la part des ONG. La santé reste encore perçue comme relevant exclusivement du rôle de l’État. Ensuite, le secteur privé ne se sent pas toujours légitime à intervenir dans ce domaine, en l’absence d’un cadre structuré permettant de transformer la bonne volonté en action. Enfin, le retour sur investissement reste difficilement visible. Les entreprises ne perçoivent pas toujours le bénéfice concret de leur contribution, faute d’indicateurs et de résultats mesurables qui leur soient présentés.

C’est précisément là que l’expérience de terrain des ONG devient précieuse. Elle permet de démontrer, à travers des cas concrets, qu’un besoin de santé bien défini peut devenir un projet finançable, mesurable et crédible.

Quel mécanisme vous paraît le plus adapté selon le contexte ?

Plusieurs schémas sont possibles. Je vais en exposer quatre : un fonds national consacré aux MNT, alimenté par plusieurs filières économiques telles que les banques, les assurances, les télécommunications et l’agroalimentaire ; la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) stratégique et pluriannuelle, alignée sur des objectifs mesurables ; la santé en entreprise, avec des dépistages et des activités de prévention directement sur les lieux de travail ; et, enfin, le cofinancement public-privé-ONG, dans lequel chaque acteur apporte sa force propre : l’État fournit le cadre et les politiques, le secteur privé apporte le financement et l’innovation, tandis que les ONG assurent la mise en œuvre et la proximité avec les populations.

Le choix du mécanisme le plus adapté dépend du tissu économique local et du niveau de maturité du dialogue public-privé dans le pays concerné. Là où le secteur bancaire et les télécommunications sont solides, un fonds national alimenté par plusieurs filières peut offrir une base large et pérenne.

Là où les entreprises cherchent d’abord à protéger leur propre main-d’œuvre, la santé en entreprise constitue souvent le point d’entrée le plus rapide à mobiliser, car le bénéfice pour l’entreprise elle-même est immédiat et direct.

Dans tous les cas, le cofinancement public-privé-ONG reste le cadre le plus structurant sur le long terme, car il répartit clairement les rôles et évite qu’un seul acteur porte seul le risque.

Comment convaincre les entreprises qu’il s’agit d’un investissement rentable et pas seulement d’une action de RSE ?

Il faut parler le langage que les entreprises maîtrisent déjà : celui de la rentabilité. Les entreprises savent mesurer le retour sur leurs investissements. La prévention des MNT peut s’exprimer dans ce même langage, à travers des outils comme le retour sur investissement (ROI), le retour sur investissement social (SROI), les années de vie ajustées sur la qualité (QALY) ou encore le ratio coût-efficacité incrémental (ICER).

Un franc investi aujourd’hui dans la prévention permet d’éviter des coûts de soins, des pertes de productivité et des décès prématurés demain. C’est un principe simple, immédiatement compréhensible par tout décideur financier.

Concrètement, cela signifie qu’il faut remplacer les discours d’intention par des chiffres. Plutôt que de dire : « Nous voulons sensibiliser », il faut pouvoir préciser : « Nous allons toucher 5 000 jeunes dans 20 écoles, pour tel coût par bénéficiaire ».

Un investissement modeste dans des activités collectives, notamment les dépistages, les campagnes de sensibilisation ou les séances d’activité physique, permet déjà de toucher des centaines de personnes à faible coût. Cela répond directement au rapport coût-impact recherché par les entreprises.

Quel message adressez-vous aux pouvoirs publics, au secteur privé et aux partenaires techniques ?

Les MNT ne sont plus uniquement un défi sanitaire. Elles constituent également un enjeu de développement économique, de compétitivité et de capital humain. Aucun acteur ne peut relever ce défi seul.

L’État ne peut plus porter cette charge isolément, et les entreprises ne doivent plus être considérées comme de simples bailleurs occasionnels, mais comme des partenaires stratégiques d’un investissement collectif dans la santé des populations.

L’expérience de terrain montre qu’une collaboration fondée sur cinq conditions, la confiance, la transparence, des indicateurs clairs, une communication régulière et un impact démontré, produit des résultats concrets, y compris avec des ressources limitées.

À l’inverse, il faut éviter les erreurs qui découragent les partenaires : solliciter uniquement de l’argent sans rendre compte des résultats, multiplier les petits projets sans stratégie d’ensemble ou encore oublier les PME au profit des seules grandes entreprises.

Le message central est celui d’un changement d’échelle : passer d’initiatives ponctuelles et dispersées à un véritable modèle de financement durable et structuré de la prévention des MNT, construit ensemble par l’État, le secteur privé et les partenaires techniques, chacun dans son rôle.

Propos recueillis par William O.

Auteur
santé éducation
Rédacteur
Abel OZIH

Face à la progression des maladies non transmissibles (MNT) et à la baisse des financements extérieurs, la mobilisation du secteur privé apparaît comme une nécessité pour renforcer durablement la prévention en Afrique. Dans cette interview, Malikatou

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