Congrès international d’épidémiologie et de Santé publique : Résultats et Recommandations/Interview du Pr Didier Koumavi Ekouevi, Président du Comité d’organisation
- Posted on 24/03/2023 14:37
- Film
- By abelozih@sante-education.tg
Extrait de l'article: Lomé a abrité du 15 au 16 mars 2023, un congrès international d’épidémiologie et de santé publique sous le thème « la santé publique face aux maladies émergentes et ré-émergentes ». Cette rencontre de haut niveau a favorisé les échanges entre épidémi
« La première leçon acquise de ce congrès… est que nous sommes à l’origine de la fabrique de nos pandémies… les discussions ont fourni des données probantes qui permettront aux populations d’adopter de meilleurs comportements en matière de santé »
Lomé a abrité du 15 au
16 mars 2023, un congrès international d’épidémiologie et de santé publique sous
le thème « la santé publique face aux maladies émergentes
et ré-émergentes ». Cette rencontre de haut niveau a favorisé
les échanges entre épidémiologistes et acteurs de santé publique, à partager
leurs expériences professionnelles, à contribuer au développement de la
recherche en santé publique et de la formation en épidémiologie. Les
objectifs assignés au congrès ont-ils été atteints ? Quels sont les
résultats et leçons ? Quelles sont les recommandations formulées à
l'endroit des gouvernements ? Pr Didier ekouevI, Président du Comité d’organisation
répond dans cet entretien.
Santé-Education : Est-ce que les
objectifs assignés au congrès ont-ils été atteints ?
Pr
Didier Ekouevi : Globalement, les objectifs assignés au
congrès ont été atteints. Nous avons réussi dans le cadre de ce congrès à
réunir près de 300 chercheurs originaires de 21 pays du monde entier. Ces
chercheurs ont pu échanger sur des thématiques diverses et ont pu discuter des
approches de solutions aux grands enjeux sanitaires dans le monde en général et
en Afrique subsaharienne en particulier. Cette conférence a également permis de
renforcer les partenariats Sud-Sud et Nord-Sud afin de mieux financer la
recherche dans nos pays. Nous avons eu de très bonnes discussions avec les
acteurs de la santé publique des autres universités Ouest africaine et
d’Europe. De nouveaux partenariats seront signés entre l’Université de Lomé et
d’autres universités dans le cadre de la formation en santé publique et de la
recherche. Nous avons eu des échanges très fructueux avec l’Agence Nationale de
la recherche sur le Sida, les hépatites virales et les maladies infectieuses émergentes
dont le directeur était venu assister à cette conférence. Les discussions ont
porté sur le partenariat équitable et la participation à des projets de
recherche innovants. Par ailleurs, la tenue de cette conférence à Lomé a permis
à notre pays, de faire valoir un leadership en matière de recherche et
d’organisation de manifestation scientifique de grande envergure. Nous avons donc
réussi à faire de Lomé, la capitale de l’épidémiologie et de la santé publique
pendant quelques jours. Le précongrès qui s’est déroulé à l’Université de Lomé
était également une réussite avec plus de 215 participants qui ont été formés à
la rédaction médicale et aux Biostatistiques.
Quel est l'intérêt des communications
exposées lors du Congrès ?
Au
cours de ce congrès de 2 jours, il est presque impossible de présenter toutes
les communications. Nous avons donc fait un choix. Les conférences plénières ont
été faites par des experts invités. Nous en avons eu six au total et les
communications orales ont été sélectionnées parmi les 300 reçues. En clair, seules
10% des communications reçues ont été présentées en oral. Le reste sont des
posters ou des communications affichées qui permettent à chaque chercheur de
présenter pendant des périodes définies ses travaux de recherche. Il s’agit
d’une forme de communication de plus en plus prisée dans les congrès
scientifiques. Ceci permet aussi de discuter directement avec les chercheurs
sans tenir compte de la limite de temps (10 mn) pour une communication orale.
Au total, 199 communications ont été retenues en posters et portaient
principalement sur la Covid-19, les autres maladies émergentes et surveillance
épidémiologique, la tuberculose, le VIH et le paludisme, la santé
materno-infantile et les maladies non transmissibles. Ces communications ont
permis de tabler sur l’avancée des recherches dans ces différents domaines afin
de permettre à la communauté scientifique de disposer de données actualisées
concernant la lutte contre ces maladies. En outre, les chercheurs ont pu
partager leurs expériences afin de capitaliser sur des projets de recherche
similaires et d’obtenir de meilleurs résultats. Enfin, les discussions ont
fourni des données probantes qui permettront aux populations d’adopter de
meilleurs comportements en matière de santé mais également serviront aux autorités
politiques dans la prise de décision pour l’amélioration de la santé des
populations.
Quels sont les résultats et leçons
acquis à l'issue du Congrès ?
La
première leçon acquise de ce congrès portant sur les maladies émergentes est,
comme le disait Serge Laurent : « Nous sommes à l’origine de la
fabrique de nos pandémies ». En d’autres termes les comportements des
Hommes impactent notre santé et favorisent le développement de nouvelles
maladies. Ensuite, les changements climatiques qui constituent de nos jours un
enjeu majeur de santé publique sont également la faute de l’être humain à
travers l’utilisation abusive d’énergies fossiles, l’urbanisation galopante et
la déforestation.
La résistance aux antibiotiques définie comme l’inefficacité des antibiotiques, sera à l’origine de plus de plusieurs millions de décès (elle tuera plus que le cancer d’ici 2030) est surtout due à l’automédication, à la consommation excessive de médicaments même en cas de maladies virales, et à la vente de médicaments contrefaits ou médicaments de la rue.

Nous
avons également appris que la réémergence du paludisme et la résistance aux
antimicrobiens sont dues à des comportements inadéquats des hommes eux-mêmes.
Enfin, les maladies non transmissibles sont en constante augmentation du fait
de la transition démographique, sanitaire et nutritionnelle. L’obésité chez les
adolescents et les jeunes est une préoccupation majeure avec des répercussions
sur les plans psychologique et sanitaire.
Quelles sont les recommandations
formulées à l'endroit des gouvernements ?
Les
recommandations issues de ce congrès s’adressent aux chercheurs, partenaires
techniques et financiers et aux gouvernements. Pour résumer nous pouvons dire
qu’il s’agit de développer des projets de recherche structurants et
innovants et si possible multidisciplinaires, rechercher les financements
innovants pour la recherche, renforcer les systèmes de santé à travers deux
axes fondamentaux : la couverture santé universelle et l’équité en matière
de santé, renforcer le partenariat public privés en matière de recherche et du
renforcement du système de santé. Il est aussi nécessaire de doter nos pays de
centres de recherche, la formation sur le concept « One Heath » et la
recherche clinique dans son ensemble
A quand le prochain Congrès ?
Le
prochain congrès aura lieu du 10 au 12 juillet 2024 à Limoges en France.
Propos
recueillis par Abel OZIH